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La théorie des 6 traumatismes infantiles et des 12 défenses pour lutter contre

Article de Marina Cavassilas, publié le 25 décembre 2022.

Ce contenu est protégé par les droits d’auteur. Toute citation doit impérativement mentionner l'auteure de cet article (Marina Cavassilas), la date de parution et le lien web vers l'article .

« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » Introduction à la psychanalyse, Sigmund Freud.

La théorie des 6 traumatismes infantiles et des 12 défenses pour lutter contre

« Les cliniciens et les chercheurs qui s’occupent de sujets souffrant de traumatisme chronique sont confrontés quotidiennement à des réactions d’attaque, de fuite ou de figement. Nos patients (et parfois nos collègues) se vexent facilement et cela perturbe leur vie (et la nôtre) par des colères ou des hontes excessives ou par des inhibitions. Des conflits mineurs peuvent se transformer en catastrophe. De petites incompréhensions dans la communication peuvent aussi se transformer en un problème insoluble, et devenir la source de conflits relationnels dramatiques. La gentillesse humaine, si importante pour rendre la vie agréable, est impuissante très souvent face au désespoir, à la colère, à la terreur des personnes qui ont des antécédents de traumatisme et d’abandon. » La théorie polyvagale: Fondements neurophysiologiques des émotions, de l'attachement, de la communication et de l'autorégulation, Stephen W. Porges.

Je souhaite dans cet article éclairer les gens qui souffrent encore et toujours des maltraitances endurées pendant l’enfance qui continuent d’agir en eux malgré bien des efforts de leur part pour aller mieux. Au cours de mon expérience aussi bien personnelle que professionnelle -théorique et clinique en tant que psychanalyste - j’ai regroupé les expériences traumatiques de l’enfance que j’ai vécues moi-même pour certaines, que mes proches et mes analysants m’ont relatées en 6 catégories.

Pour se défendre de ces 6 grands traumatismes, mon expérience théorico-clinique m’a menée a identifié 12 défenses opérées par les humains en guise d’adaptation au cours de leur vie.

Un traumatisme donne lieu à deux défenses, une défense de continuité celle qui continue de lutter contre le traumatisme initial et une défense à contre-pied, une défense de renversement qui consiste en une identification à l’agresseur à la source du traumatisme (parent/environnement familial ou social). Entre ces 2 extrêmes, défense de continuité et défense à contre-pied, plusieurs positions et intensités sont possibles et diffèrent selon les circonstances rencontrées par le traumatisé dans sa vie.

Mon expérience me mène à penser que nous sommes tous traumatisés. Plus ou moins en intensité et plus ou moins en quantité. De ce que j’ai pu observer, le traumatisme est le lot de tous et nul n’est exempt d’1 traumatisme infantile. Certaines personnes sont polytraumatisées : elles ont subi plusieurs des 6 traumatismes, voire les 6. Cela s’explique entre autres par le fait que la plupart des humains grandissent durant de (trop ?) nombreuses années, maintenus dans un état de dépendance pour leur survie à l’égard d’un environnement familial plus ou moins nocif.  Cet état de dépendance à l’égard d’humains non formés à être des parents bienveillants est sans doute une des raisons d’un tel carnage traumatique. Nous apprenons en France dès le plus jeune âge, l’histoire, la géographie, les mathématiques, la biologie, la physique, l’anglais et que sais-je mais jamais nous n’apprenons du CP à la terminale le développement et donc les besoins de l’enfant sur le plan moteur, cognitif et affectif.

Pourquoi ? Mystère. Je ne puis répondre à cette question.

Je ne puis refaire le monde mais je peux vous transmettre mon expérience sur les 6 traumatismes infantiles et les 12 stratégies de défense psychologiques ainsi que leur ancrage neural et physiologique dans le corps. Cette connaissance du lien entre psychotraumatisme et neurophysiologie vous donnera quelques lumières j’espère pour modérer les conditionnements qui vous ont fait souffrant afin d’être le créateur éclairé de nouveaux que vous aurez sciemment choisi pour ériger de votre moi en sujet un peu plus maître dans sa propre maison !

Mon approche est interdisciplinaire. Je souhaite non pas opposer comme c’est si souvent le cas malheureusement mais au contraire, créer un pont entre psychanalyse et neurosciences.

Je suis philosophe de formation, docteur en sciences du langage spécialisée dans le langage émotionnel du corps et dans la communication non violente. Je me suis formée à la psychanalyse en parallèle de mon analyse pendant de nombreuses années. Devenue psychanalyste j’ai éprouvé rapidement la nécessité pour mieux comprendre mes analysants de me former plus que je ne l’avais fait auparavant et de me mettre à jour des avancées en neuropsychologie. C’est à travers cette approche multi et interdisciplinaire croisant la philosophie, et plus particulièrement la psychanalyse et la neuropsychologie que j’ai compris ce qu’est l’angoisse pour un corps pensant et éprouvant qui la subit. Sujet de grandes interrogations philosophiques, d’observations et de théories psychanalytiques, j’ai trouvé la réponse qui restait insoluble pour moi dans la théorie polyvagale élaborée par Stephen Porges en 1994.

Ainsi, je vous présenterai les 6 grands traumatismes d’un point de vue psychanalytique et leur soubassement neurophysiologique expliquant pourquoi chacun de nous n’est :

  • ni un névrosé,

  • ni un psychotique,

  • ni un pervers,

  • ni un autiste,

  • ni un bordeline...

 

Nous utilisons tous un peu ou intensément toutes ces défenses et d’autres que nous décrirons précisément ultérieurement. Mon expérience me prouve tous les jours que nous sommes tous un peu, beaucoup, passionnément, à la folie névrosé, psychotique, pervers, autiste...et que la « normalité » n’a pas de sens dans le domaine qui nous intéresse.

Chaque personne est une constellation unique issue d’une organisation de 12 défenses (plus des intermédiaires entre toutes ces défenses) que nous mobilisons plus ou moins intensément selon les circonstances auxquelles nous devons nous adapter tout au long de notre vie avec nos blessures du passé. Bien que potentiellement à la croisée de ces 12 défenses, nous sommes plus enclins à en endosser certaines que d’autres : celles-ci dépendent des traumatismes qui ont particulièrement marqué notre existence infantile et qui continuent d’« être plus forts que nous ».

I. LES 6 GRANDS TRAUMATISMES INFANTILES ET 12 DÉFENSES POUR LUTTER CONTRE
 

1. LE TRAUMATISME D'INSÉCURISATION (abandon, indifférence, instabilité affective en particulier, maltraitance physique de la part de l’environnement familial) mettant l’enfant dans un état de danger sans défense possible ou suffisante.


Les 2 défenses relatives à ce traumatisme :

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : LA DÉPENDANCE AFFECTIVE voire matérielle à l’égard d’une personne ou objet/matière (addiction aux drogues) considérées nécessaire pour apaiser l’état d’insécurité perdurant.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : L'ISOLATION RELATIONNELLE/L'AUTISME et en particulier du type de personne qui rappelle la relation d’amour primaire familiale qui fut défaillante.


2. LE TRAUMATISME DE CULPABILISATION (culpabilisation via l’environnement familial ou social des pulsions de vie nécessaires – sexe/reproduction, nutrition, sommeil...).

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : LE MASOCHISME qui pousse l’individu à se punir et/ou s’interdire de toute pensée ou action en lien avec la pulsion rendue coupable, voire interdite.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : LE SADISME. L’autopunition n’est pas suffisante pour permettre le passage à l’acte, la réalisation de la pulsion vitale donc le seul moyen trouvé et de valoriser négativement la pulsion comme étant un acte de méchanceté.


3. LE TRAUMATISME D'INFÉRIORISATION : infériorisation, humiliation cherchant à diminuer la valeur et les compétences de l’enfant via l’environnement familial
 

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : LE COMPLEXE D'INFÉRIORITÉ, comportement ou pensée du sujet cherchant se croire et/ou rendre inférieur.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : LA MÉGALOMANIE, sentiment ou actes qui donnent au sujet l’impression d’être supérieur. On retrouve ici la maniaco-dépression.


4. LE TRAUMATISME D'EXPLOITATION : utilisation de l’enfant comme un objet utile à la satisfaction de l’environnement familial : cela peut être sexuel (enfant violé), affectif (enfant anti-dépresseur), matériel (l’enfant accomplit trop de tâches ménagères ou qui sont normalement être faites par les parents comme s’occuper de soigner les frères et sœurs...).

 

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : LE BÉNÉVOLAT, L'ESCLAVE qui se met au service des désirs d’une personne dont il cherche l’amour comme celui qu’il cherchait auprès du parent initial.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : l’Esclavagisme, transforme toute personne en son esclave l’utilisant pour satisfaire ses besoins et désirs : l’esclave doit rendre des services, payer les factures...

5. LE TRAUMATISME DE SÉDUCTION : excitation sexuelle sans passage à l’acte physique (À DISTINGUER DU TRAUMATISME D'EXPLOITATION : viol de l’enfant par l’environnement familial ou proche).

 

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : L'ÉROTOMANIE. Impression que toute personne qui s’intéresse au sujet cherche inévitablement à la séduire.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : LE DONJUANISME, séduction suivie d’un abandon ou désintérêt brutal, seule la conquête intéressant le sujet.

6. LE TRAUMATISME DE DESTITUTION : cas souvent d’un aîné détrôné par un petit frère ou sœur ou autre personne ou autre occupation du parent aimant ou environnement familial qui délaisse subitement l’enfant ou le prive trop de son amour ou attention au profit d’autrui (vécue par l'enfant comme une trahison et/ou un abandon) ou occupation (métier, passion...).

  1. La défense de continuité (celle qui continue la lutte contre le traumatisme) : L'ENVIE/LA JALOUSIE envers autrui pour ses biens ou ses compétence ou tout objet de jouissance et de satisfaction.

  2. La défense à contre-pied (via identification à l’agresseur) qui à l’extrême inverse fait illusion d’annulation du traumatisme : LA PRIVATION d’autrui (de l'être envié ou sur lequel porte la jalousie) de ses biens, de sa liberté ou de ses compétence ou tout objet de jouissance et de satisfaction.

 

Un individu peut tout à fait avoir plusieurs de ses défenses au même moment de son existence ou à des moments différents. En général c’est un axe défensif qu’il va particulièrement endosser et donc osciller très fortement sur cet axe. Par exemple un enfant traumatisé du traumatisme de culpabilisation risquera d’osciller très fortement entre l’axe défensif Masochisme-Sadisme. Une personne très masochiste peut devenir sadique et vice versa. Ainsi, il en est de même d’un enfant très infériorisé, il oscillera adulte particulièrement entre le complexe d’infériorité et la mégalomanie. Un enfant exploité, oscillera énormément entre la position d’esclave et celle d’esclavagiste par revanche donc. Idem pour un traumatisé de séduction qui oscillera entre l’érotomanie et le donjuanisme...

Il est très fréquent les enfants traumatisés par plusieurs traumatismes. Un enfant traumatisé par une insécurisation et une culpabilisation sera plus enclin à devenir masochiste dépendant ou bien à l’extrême, sadique autiste.

J’ai remarqué que les polytraumatisés se polarisaient très souvent aux mêmes extrêmes d’un axe : soit dans les défenses de continuité, soit dans les défenses à contre-pied. Il est donc plus fréquent si on reprend notre exemple précédent qu’un traumatisé insécure et coupable devienne dépendant masochiste ou un dépendant sadique.

Pour finir cette petite introduction sur les traumatismes et défenses disons qu’un polytraumatisé a tendance à cumuler les défenses du même pôle soit les défenses de continuité soit les défenses à contre-pied. Le choix du pôle de continuité (orienté plutôt défense par soumission) plutôt que du pôle à contre-pied (orienté plutôt défense par domination) trouvera sans doute une explication dans le type de menace (contournable ou mortelle) qu’a subi le traumatisé dans son enfance et le type de défense nerveuse qu’il a actionné le plus souvent pour se défendre (défense issue du système nerveux sympathique dédiée à la fuite/lutte vs défense issue du système nerveux plus archaïque commun aux vertébrés et reptiles, le système parasympathique dorsal dédié à l’immobilisation (sidération, paralysie, soumission, dissociation)).

Avant d’explorer les systèmes nerveux sous-jacents aux types de défense il nous faut remonter au fondement de la fonction de défense pour la survie et la mettre en lien avec la notion d’évolution, d’homéostasie et de neuroception...

Nous relierons ces notions de neuropsychologie à celles développées par les acteurs de la Psychanalyse dont Freud, Ferenczi, Klein, Winnicott, Bowlby, Searles, Lacan etc. et approfondirons ensuite chaque défense sous l'angle de la Psychanalyse, de la Philosophie et des Neurosciences. 

Suite de l'article en cours de rédaction. A bientôt!

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