Le surmoi source de bien-être

Article de Marina Cavassilas

Freud est l’inventeur du surmoi (en allemand, über-Ich). Il l’introduit dans son œuvre en 1923 dans Le Moi et le ça où il présente sa seconde topique, refonte de sa première version de l’appareil psychique : ça, moi, surmoi.

Le surmoi source de bien-être

A ce moment-là le surmoi n’est pas encore distingué de l’idéal du moi qui continue de rester en tension avec le moi idéal et leur registre d’identification dédiée.

« Il doit y avoir dans l’homme un être supérieur (...), voici cet être supérieur, l’idéal du moi ou sur-moi, le représentant de notre relation aux parents »

Le surmoi ne sera distingué de l’idéal du moi qu’en 1932 dans ses Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse.

Le surmoi est le « mandataire du monde intérieur, du ça ». Il permet au moi d’exercer une « emprise sur la force pulsionnelle des fantasmes œdipiens. »

Le moi cherche un équilibre entre les contraintes de la réalité extérieure, le ça, siège des pulsions et le surmoi héritier de l’autorité parentale et des interdits dont celui qui fonde la civilisation : l’interdit de l’inceste.

Le surmoi se construit à partir de l’interdit de l’inceste. Il est donc l’héritier des limites fixées par les parents à propos des pulsions qui s’expriment au moment du complexe d’Œdipe. La limite et le contrôle de ces pulsions concernent celles que s’imposent le parent à propos de ses propres pulsions à l’égard de son enfant et celles qu’il imposera donc à son enfant dans ce contexte. Le surmoi de l’enfant se développe donc nécessairement en miroir du surmoi de chacun des parents.

« Le surmoi, « supra-personnel » ou « culturel », est par conséquent le surmoi « des parents » eux-mêmes. Une transmission, un héritage généalogique s’inscrivent ici, pour le meilleur et pour le pire. » Patrick Guyomard, « Surmoi », Dictionnaire Freud

Le surmoi source de bien-être

LE SURMOI ENNEMI OU ALLIÉ DU MOI ?

LE SURMOI ET LA CULPABILITÉ : ENNEMI DU MOI
 

Le surmoi « conscience éthique », « rigueur », « instance critique interne » juge, commande et
peut persécuter le moi d’où le « sentiment inconscient du culpabilité » :

« Le sentiment de culpabilité n’est au fond rien d’autre qu’une variété topique de l’angoisse ; dans ses phases tardives, il coïncide tout à fait avec l’angoisse devant le surmoi. » Freud (1930) Malaise dans la culture


Selon Freud, tout sentiment de culpabilité provient du complexe d’Œdipe et de ses deux tabous fondateurs d’une « société de droit » : « le parricide » et « l’inceste ».

 

Tout homme civilisé se sentirait ainsi coupable d’avoir désiré un « commerce sexuel avec la mère » et d’avoir voulu « mettre à mort le père ».

CULPABILITÉ ET NÉVROSES

Cette culpabilité serait à la base des névroses :

« Nous avons de tout temps fait l’hypothèse que cette conscience de culpabilité concernait l’onanisme de la prime enfance et non celui de la puberté et que, pour sa plus grande part, elle devait être mise en relation non avec l’acte onanique, mais avec la fantaisie, tout inconsciente qu’elle soit, qui est à la base à savoir celle issue du complexe d’Œdipe ». Freud (1919) « Un enfant est battu : contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles »

 

Ainsi selon Freud qui dit culpabilité dit désirs libidinaux ou agressifs inconscients et refoulés, dette qui s’exprime psychiquement sous forme de symptômes masochistes :

 

« L’accomplissement de souhait de la pensée refoulante est le symptôme, par exemple comme punition ou autopunition, celle-ci étant le dernier substitut de l’autosatisfaction, de l’onanisme. » Freud (1919) « Un enfant est battu : contribution à la connaissance de la genèse des
perversions sexuelles » 
Freud (1919) « Un enfant est battu : contribution à la connaissance de la genèse des perversions sexuelles »

 

Ainsi les névroses – obsessionnelle ou hystérique renverraient aux pulsions libidineuses et/ou hostiles à l’égard des premiers objets d’investissement :

 

« La conscience de la culpabilité était originellement l’angoisse d’être puni par les parents, ou,
plus exactement, de perdre leur amour. »
Freud (1914), « Pour introduire le narcissisme »

 

Cette idée sera reprise autrement par Klein et Winnicott pour lequels la haine et la destruction fantasmatique de l’objet provoquent des sentiments de culpabilité, désirs de réparation et sollicitude.

CULPABILITÉ ET DÉPRESSION
 
Dans la mélancolie « le Moi ne se risque à aucune protestation, il se reconnaît coupable et se
soumet aux punitions (....) L’objet auquel s’adresse la colère du surmoi a été accueilli dans le
moi par identification. »
Freud (1923) Le Moi et le ça


CULPABILITÉ ET CRIMINALITÉ

 

Cette culpabilité serait à la base d’actes criminels :


« On peut mettre en évidence chez beaucoup de criminels ceux qui sont jeunes particulièrement, un puissant sentiment de culpabilité, lequel existait avant l’acte, et qui n’est donc pas une conséquence mais le mobile de celui-ci, comme s’il était éprouvé comme soulagement de pouvoir rattacher ce sentiment de culpabilité inconscient à quelque chose de réel et d’actuel. » Freud (1916), « Les criminels par conscience de culpabilité »
 
LE SURMOI REGULATEUR DU ÇA : AMI DU MOI et SOURCE DE BIEN-ÊTRE
 
Le ça est régi par le seul principe de plaisir : « C’était plus fort que moi. » s’écrie « l’homme normal » Freud (1926) La question de l’analyse profane


« Nous nous approchons du ça au moyen de comparaisons, nous l’appelons un chaos, un chaudron plein d’excitation en ébullition. Nous nous représentons qu’il est ouvert à son extrémité sur le somatique, accueillant là en soi les besoins pulsionnels, qui trouvent en lui l’expression psychique, mais nous ne pouvons pas dire dans quel substrat. » Freud (1933) Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse
 
Le surmoi a dans ce contexte la fonction de protéger le moi des débordements de la pression excessive que peut exercer le ça.
 
Le surmoi et le ça sont en lutte permanente pour empêcher les pulsions qui émergent en permanence de détruire le lien entre le moi et la réalité auquel il doit s’adapter.

Pour être heureux, le moi, pour éprouver donc un sentiment de bien-être, doit absolument s’adapter au réel (situations qui peuvent aller à l’encontre des pulsions du ça). Le surmoi (la loi morale intérieure) est donc nécessaire pour permettre au moi de réguler les instincts. Le but d’un surmoi source de bien-être est de trouver un juste milieu entre un ça tout-puissant qui assouvit tous les instincts et mène l’individu à commettre des crimes et des larcins et un ça trop réprimé.

GRACE AU SURMOI L’IDEAL DU MOI PEUT ÊTRE ATTEINT

Le bien-être est atteint lorsque le ça contraint par le surmoi permet au moi d’atteindre un idéal du moi visé. 

« La distinction entre idéal du moi et surmoi peut se comprendre ainsi : le surmoi se forme à partir d'interdits intériorisés (« tu ne dois pas être comme... ») et l'idéal du moi à partir d'exigences intériorisées (« tu dois être comme... ») » Sylvie Metais, « Idéal du moi », Encyclopédie Universalis

Le surmoi peut non seulement interdire au ça des pulsions qui entraveraient l’idéal du moi mais au contraire favoriser l’atteinte de cet idéal par le moi
 
C’est ici que nous revenons pour conclure au complexe d’Œdipe, héritier du surmoi à l’issu duquel l’identification paternelle possible par renoncement aux désirs incestueux/parricide fait passer du moi idéal à l’idéal du moi.

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