top of page

Nouvelle Théorie du Traumatisme Psychique

Article de Marina Cavassilas, publié le 7 juin 2023.

Ce contenu est protégé par les droits d’auteur. Toute citation doit impérativement mentionner l'auteure de cet article (Marina Cavassilas), la date de parution et le lien web vers l'article.

NB : Le texte complet sera accessible prochainement dans un ouvrage qui est en cours d’édition. Patience !

« L’accumulation d’expériences émotionnelles de nature similaire pendant l’enfance contribue à la mise en place de schémas de pensée, de comportements et d’affects qui produiront par la suite la forme de traits de personnalité relativement stables. » (Luminet O., Grynberg D., Psychologie des émotions, introduction, p. XVIII, deboeck Supérieur, 2021)

Théorie du Traumatisme : les 18 traumatismes émotionnels qui conditionnent notre caractère et nos relations aux autres

Comment se construit un traumatisme sur le plan neurobiologique, ses conséquences en termes de construction du caractère (pourquoi devient-on jaloux, peureux, sadique, altruiste... ?) et de comportements symptomatiques décrits par la psychiatrie et la psychanalyse, oscillant de la névrose à l’autisme en passant par la psychose, la dépression ou la perversion ? Toutes ces notions sont réorganisées en un nouveau modèle théorique associant les données de la neurobiologie à celles de la psychiatrie et de la psychanalyse.

 

Les recherches récentes en neurobiologie nous apprennent qu’une émotion a pour fonction d’alarmer l’organisme d’un danger ou d’un gain pour sa conservation : c’est ce que nous appelons le stress. Nos émotions nous poussent ainsi à agir pour rétablir une situation sécuritaire dans le cas des émotions dites négatives (peur, dégout, honte, tristesse, jalousie...). Au cours de l’évolution, nous avons développé 4 grands types de mécanismes de défense possible pour y parvenir, des plus archaïques et désuets aux plus modernes et efficaces :

- Immobilisation (tétanie, dissociation, dépression...)

- Mobilisation (agrippement/fuite/agression...)

- Corégulation sociale émotionnelle

- Rétroaction corticale sur les défenses amygdaliennes. Ce dernier sur le plan de l’évolution est le plus spécifique à l’espèce humaine.

 

Mon étude démontre qu’un traumatisme psychique se produit lorsqu’un mécanisme défensif échoue de manière intense, une fois décisive, ou, à diverses reprises (pendant l’enfance en particulier), à rétablir une situation sécuritaire et à calmer l’émotion déclencheuse. Non éteinte, l’émotion continue d’agir et d’alerter le sujet au moindre indice, en lien même très indirect avec l’événement traumatique initial. Le sujet est ainsi traumatisé de peur ou bien de honte, de jalousie selon ce qui s’est mal passé à l’origine...et risque de devenir intrinsèquement peureux, honteux, jaloux de manière structurelle...et angoissé de ressentir ces émotions sans être capable de savoir ou de conscientiser d’où elles viennent.

 

Le traumatisme psychique tel que défini de manière traditionnelle comme un choc stuporal suivi d’une tétanie et de SSPT n’est donc pas paradigmatique du traumatisme psychique. Il correspond simplement au traumatisme de l’émotion stupeur mais bien d’autres sont possibles. Il existe autant de traumatismes qu’il existe d’émotions, traumatisables.

 

Ma pratique de psychanalyste auprès de mes analysants m’a permis d’identifier 18 émotions traumatisables dans l’enfance en particulier lorsque l’environnement familial ne parvient pas à sécuriser l’enfant, du fait qu’il est généralement le générateur des émotions en question. Et pour chacune, une quarantaine de comportements défensifs parmi les 4 grands types de mécanismes de défense. Soit environ 720 traits de caractère qui composent l’alphabet de notre caractère émotionnel et relationnel dont la combinaison donne un nombre infini de caractères possibles !

 

Dans ma pratique, ma méthode consiste donc à identifier avec l’analysant :

-l’émotion originelle traumatisée,

-les mécanismes défensifs systématiquement sollicités pour y faire face (correspondant aux symptômes psychiatriques -névrotiques, psychotiques, autistiques, dépressifs, pervers...), sources de souffrance du fait de la répétition traumatique et de son échec à apaiser l’émotion et la situation conflictuelle qui l’a provoquée.

- les indices de l’événement traumatique qui réveillent toute cette mécanique traumatique.

Une fois ce travail fait, je travaille ensuite avec l’analysant à désamorcer toute la chaîne du conditionnement traumatique pour que l’émotion traumatisée originelle reprenne sa fonction normale d’alerte ponctuelle en fonction d’un contexte qui l’exige (situation normale de stress) plutôt que d’un passé traumatique qui s’impose comme un « éternel retour » inextinguible (situation pathologique d’angoisse).

AVANT PROPOS

 

La psycho-traumatologie est enseignée en France depuis très peu de temps. Pour la première fois, elle l’est dans le cadre d’un diplôme universitaire à l’Université Paris Cité depuis Janvier 2023. Ce diplôme est présenté ainsi sur le site internet :

« La psycho-traumatologie, discipline faisant l’objet d’une des plus grandes bases de données scientifiques internationales (www.istss.org) n’est pas enseignée en France comme l’est la victimologie, inter-discipline concernant l’accompagnement social et judiciaire des victimes et la recherche sur la cause des victimisations sur le plan sociologique. » (Site web de présentation du DU de Psycho-traumatologie par l’Université Paris Cité)
 

Mes recherches dans ce domaine ont été possibles grâce à l’AFTD Association Francophone du Trauma et de la dissociation fondée en 2015 qui soutient aussi un diplôme universitaire en psycho-traumatologie dispensé récemment par le centre Pierre Janet à l’Université de Lorraine. Ce DU y est introduit ainsi sur le site internet :

« Longtemps à la marge, la psychotraumatologie est devenue une spécialité à part entière. Une prise de conscience sur la nécessité de mieux connaitre et de mieux accompagner les personnes souffrant de blessures psychiques s’est ainsi développée, notamment dans le cadre de traumatismes collectifs (attentats, catastrophes naturelles, accidents industriels, guerres) et microsociaux (agressions, accidents de la route, accidents du travail). Car, s’il est non-traité, le traumatisme peut conduire à de sérieuses conséquences négatives à long terme en termes psychologiques, psychiatriques, somatiques et sociaux (isolement, actes médico-légaux, perte d’emploi).
Cet intérêt récent souffre parallèlement d’une dispersion hasardeuse de certains concepts. Il apparait donc indispensable d’offrir une définition, ou plus précisément des définitions, de ce que constitue et de ce qui est constitué par les traumatismes psychiques. Quels événements sont traumatiques ? Quelles sont les spécificités du trauma sur le plan séméiologique ? Comment aborder ces troubles avec un regard psychologique. » 
(Site web de présentation du DU de Psychotraumatologie par le centre Pierre Janet à l’Université de Lorraine)

Ma prise de connaissance de la littérature scientifique en psycho-traumatologie et en neuropsychologie associée à ma pratique quotidienne de la psychothérapie et de la psychanalyse d’orientation ferenczienne (Inspiré des travaux de Sandor Ferenczi reconnaissant la réalité objective des traumatismes d’agression relatés par les victimes adultes les ayant subis enfant, opposés aux déclarations de Freud attribuant ces plaintes d’agression à des fantasmes innés dont seraient dotés tous les êtres humains) m’a permis d’effectuer un examen critique des concepts de la psychanalyse, des classes diagnostiques de la psychiatrie et des concepts de la neuropsychologie pour les repenser - non plus en opposition ou en ignorance les uns des autres -  mais au contraire – dans ce qu’ils ont de commun, par-delà le lexique, les outils et le lieu d’observation propres à chaque discipline.

Dans cet écrit sadressant à tous, spécialistes et néophytes, j’utiliserai un vocabulaire du langage courant le plus souvent possible, afin que chacun puisse s’approprier les concepts de ces différentes disciplines.
Les concepts issus de ces différentes disciplines seront articulés entre eux dans un modèle théorique réunificateur dont je m’efforcerai de démontrer la validité scientifique. Avant d’introduire et de développer mon propos, je propose un résumé de ma recherche. Un 1er, très synthétique et un second, plus développé.

RÉSUMÉ

Les émotions sont fonctionnelles : elles nous informent d’un gain ou d’un danger potentiel pour notre conservation et notre reproduction. Les émotions qui nous alarment d’un danger sont reliées à différents systèmes de défense hérités d’une longue histoire phylogénétique – les 2 plus anciens sur l’échelle de l’évolution sont matures dès la naissance (l’immobilisation et la mobilisation) alors que les 2 plus récents sont immatures à la naissance (la co-régulation émotionnelle et la rétroaction corticale sur les défenses primaires) et ne se développeront que si les conditions sont favorables (un sentiment de sécurité prodigué par l’environnement familial). Lorsqu’un danger est détecté par le système inconscient de la neuroception, les émotions et les sensations spécifiques du système de défense sélectionné, se manifestent en nous, en vue de nous faire agir et penser - pour assurer notre survie, puis, recouvrer un sentiment de sécurité, du fait d’un retour à l’homéostasie. Le cas échéant, si les situations de danger trop souvent générées par l’environnement familial, sont répétées, et les émotions relatives, non suffisamment apaisées, alors, ces dernières deviennent traumatiques en ce sens qu’elles n’arrivent pas à leur fin (nous apaiser) et continuent d’agir en nous jusqu’à intégrer peu à peu la structure de notre caractère, le conditionnant à réagir émotionnellement de manière identique au moindre indice évoquant de près (et même de loin) le passé traumatique.


Ainsi, notre caractère acquis - et les conflits relationnels récurrents qui en découlent - résultent de traumatismes émotionnels forgés dans l’enfance en réaction à un environnement (familial le plus souvent) - trop insécurisant et pas assez co-régulant émotionnellement pour que l’enfant, puisse développer, ses propres capacités de régulation (autorégulation) puis de co-régulation émotionnelles à l’égard des autres.


Des difficultés à s’autoréguler associées à des conditionnements émotionnels défensifs qui s’emballent au moindre indice traumatique évocateur du passé avant même que le sujet puisse conscientiser quoique ce soit (= l’angoisse), donnent lieu à des modes de gestion de l’émotion traumatique assimilables à des SSPT (syndromes de stress post traumatique). Les modes de gestion de l’émotion traumatique qui ne relèvent pas de l’autorégulation sont donc des SSPT et sont de type - psychotiques, autistiques, borderlines, pervers ou névrotiques selon que la personne traumatisée est dominée et envahie par l’E.T (l'émotion traumatique) ou tente douloureusement de la dominer. Nul n’est exempt d’un seul SSPT de l’enfance. Chacun a un caractère unique qui s’est forgé au fil des expériences émotionnelles de son enfance dont il est possible toutefois d’y déceler des « logiques ». Ma pratique en rétroaction permanente avec mes lectures théoriques m’a fait repérer 18 types d’émotions traumatiques. Celles-ci peuvent être gérées à l’aide d’une quarantaine de défenses, soit 18x40 : 720 défenses au global dont la combinaison donne lieu à « 720 factorielle », soit une infinité de caractères possibles ! Les moyens d’amoindrir nos SSPT sont possibles via l’acquisition et la consolidation de nos 2 défenses les plus récentes sur le plan phylogénétique : la co-régulation émotionnelle via les expériences de catharsis sociale et la connaissance de soi, de ses conditionnements émotionnels qui permet une rétroaction corticale sur eux. La thérapie analytique est le lieu de ces expériences et d’un retour à l’homéostasie !

La théorie polyvagale de Stephen Porgès (Porges S. W., 2021. La théorie polyvagale. Fondements neurophysiologiques des émotions, de l’attachement, de la communication et de l’autorégulation. EDP Sciences) a démontré l’existence de 3 systèmes de défense qui se sont développés au cours de l’évolution des espèces.  Nous avons conservé les plus anciens hérités d’une longue histoire évolutive malgré l’apparition de nouveaux, plus adaptés aux dernières évolutions de notre espèce.

Dans l’ordre d’apparition sur l’échelle de l’évolution, les 3 systèmes de défense sont les suivants :

  • Le système de défense le plus ancien que nous avons en commun avec les reptiles par exemple, est le système de défense par immobilisation (inhibition de l’action motrice et psychique lorsque nous sommes pétrifiés pour ainsi dire « morts de peur » = l’animal s’immobilise de manière inconsciente et automatique pour ne pas être repéré par le prédateur) intégré au système nerveux parasympathique dorsal. Cette immobilisation se traduit par une dépression brutale des fonctions métaboliques, réduction du rythme cardiaque, de la tension artérielle, diminution de l’oxygène dans le cerveau d’où des sensations désagréables de malaise vagal/confusions mentales pouvant aller jusqu’à la syncope, de dissociation, d’apathie affective, de léthargie, d’état dépressif, des comportements de soumission au prédateur et de mise à l’abri du danger (ce qu’évoque le repli autistique). L’immobilisation se déclenche quand le système inconscient et très rapide de détection du danger – la neuroception - détecte un indice interprété comme étant mortel, c’est-à-dire contre lequel les chances de survie en cas d’affrontement ou de fuite sont nulles. Plus l’être vivant est démuni pour se défendre seul, plus ce système risque d’être sélectionné. La période de l’enfance – de dépendance absolue à l’environnement pour survivre - est donc « propice » au déclenchement de ce type de défense.

  • Ensuite s’est développé le système de défense par mobilisation intégré au système nerveux sympathique assurant l’affrontement/le combat, la fuite ou l’agrippement du petit au corps/pelage maternel. C’est Imre Hermann (Hermann I.,1972. L’instinct filial de l’homme, Paris, Denoël) qui a mis en évidence l’agrippement. Les 2 autres avaient déjà été mis en évidence par Henri Laborit dans l’Éloge de la fuite (Laborit H., 1967. Éloge de la fuite, Paris, Folio Essais, 1985). Au contraire de l’immobilisation, la mobilisation hyper active les fonctions métaboliques, augmentation du rythme cardiaque, de la tension artérielle, de l’adrénaline, les sens sont aiguisés (hyper sensorialité) ... Ces modifications peuvent être sont sources d’auto ou d’alter agressions tant physiques que verbales, de fuite dans l’hyperactivité...de dépendance affective et/ou physique, matérielle à autrui ou d’addictions à une substance apaisante dans le cas de l’agrippement.

  • Le dernier sur l’échelle de l’évolution commun aux mammifères sociaux et mis en évidence scientifiquement par Stephen Porgès est le système de défense par co-régulation sociale émotionnelle intégré au système nerveux parasympathique ventral permis par le langage corporel émotionnel (postures corporelles, expressions faciales, vocalisations, etc.), assuré les premiers temps de vie par la mère généralement majoritairement en relation dyadique avec le petit mais aussi par les autres membres de l’environnement familial. Cette co-régulation apaisante assurée par l’environnement familial est une condition nécessaire pour que le petit puisse développer ses propres capacités d’auto et de co-régulation émotionnelles essentielles pour inhiber les deux autres systèmes de défenses plus archaïques potentiellement délétères - tant sur plan biologique (immunitaire et cardiovasculaire) que sur le plan des éprouvés psychiques et des conflits relationnels qu’ils engendrent.

3 systèmes auxquels il me semble nécessaire de rajouter un système de défense supplémentaire :

  • Le système de défense assuré par le néocortex tel que décrit par Joseph Ledoux qui permet une rétroaction corticale sur les réponses défensives opérées par l’amygdale. Joseph Ledoux (Ledoux J., 1994. Emotion, memory and the brain dans Scientific American, June 1994, vol 270) a démontré que les comportements défensifs opérés par l’amygdale après analyse très rapide et grossière des indices de danger, ont lieu avant toute prise de conscience possible de ceux-ci ainsi que des comportements défensifs produits. La conscience et la rétroaction corticale qui permettent une analyse plus fine des indices et de la situation globale nuançant et modérant les réactions de défense opérées par l’amygdale ne sont possibles qu’en second temps du fait qu’elles sont beaucoup plus longues de traitement. L’hyper rapidité de la première réponse défensive amygdalienne s’explique du fait qu’elle augmente les chances de survie. Voilà pourquoi il est si difficile de modifier ses comportements défensifs, même quand on en a conscience et qu’on souhaite ardemment s’en débarrasser ! La bonne nouvelle est que cela reste cependant possible et nous allons voir comment précisément.

  • Cette rétroaction corticale se fait entre autres par le biais de nos capacités de symbolisation (traduction des ressentis via un langage/un système de signes - linguistiques, imagés, sonores...). Nos langages - artistiques, scientifiques... permettent une expression et une communication de nos ressentis entre congénères débouchant aussi sur une co-régulation émotionnelle. La stylistique est le propre du langage poétique qui nous permet d’exprimer nos émotions par « images » (métaphore, hyperbole...). Elle l’est également des rêves, des hallucinations (sorte d’envahissement du rêve à l’état de veille) et des délires qui ont une fonction expressive et cathartique. Nos capacités de symbolisation permettent aussi une anticipation du danger à l’échelle personnelle et collective via la conception de structures sociales, politiques, philosophiques et morales... et d’outils technologiques. Cependant ces capacités de symbolisation peuvent aussi donner lieu à des tentatives de symbolisation qui lorsqu’elles échouent à obtenir l’apaisement face au danger ressenti se traduisent en symptômes douloureux à caractère isolant socialement : le mentisme, les pensées obsessionnelles, les ratiocinations en boucle, les spéculations délirantes dont font partie les pensées paranoïaques.

  • Les systèmes récents sur le plan phylogénétique sont activés en premier préférentiellement via le système totalement inconscient de la neuroception sauf si les plus archaïques ont été hyper sollicités en particulier lors de l’enfance du fait qu’ils sont fonctionnels dès la naissance et même in utero à partir de quelques mois, alors que les plus récents encore immatures à la naissance, ne se développent que dans des conditions favorables - un environnement globalement sécurisant et co-régulant émotionnellement. C’est pourquoi des personnes qui ont grandi dans un environnement familial trop insécure et pas assez régulant émotionnellement ou ont vécu des peurs mortelles même in utero ou lors de la naissance, fonctionneront majoritairement le reste de leur vie avec des défenses archaïques d’un point de vue phylogénétique. Cette information a de quoi choquer ou surprendre mais pour en avoir la preuve, je vous invite à lire l’intégralité des recherches scientifiques publiées par Stephen Porgès et la suite de mon ouvrage bien sûr !

Chacun de ces systèmes de défense opère des modifications physiologiques spécifiques se traduisant par des sensations, des émotions et des comportements typiques, pour faire face au danger détecté. Chaque système de défense est encodé dans le système nerveux et est opéré par l’amygdale via le système de la neuroception dont l’objectif est de maintenir et rétablir l’homéostasie après qu’un danger détecté l’ait troublé. (Un danger n’est pas nécessairement un prédateur prêt à bondir sur vous pour vous dévorer, ça peut être tout simplement l’arrivée d’un petit-frère ou d’une petite-sœur qui accapare déjà toute l’attention de vos parents et la détourne de vous. Cette perte d’attention présente un danger sur le plan de votre conservation et provoque de ce fait une émotion tout à fait naturelle de jalousie, défense qui vous poussera à défendre votre territoire affectif !) 
Le retour à l’homéostasie qui se traduit par une sensation de bien-être et d’apaisement n’est véritable que si l’émotion (et les sensations relatives) ont bien été évacuées. Si tel n’est pas le cas, enkystées dans le corps, l’émotion continue d’agir jusqu’à trouver le moyen d’être définitivement purgée. 
Le rêve nous l’avons évoqué, a cette fonction de rejouer des scènes pour que soit « digérées » et donc évacuées les émotions afin qu’elles ne deviennent pas traumatiques. Le cauchemar signe l’échec de la fonction « digestive » et cathartique du rêve. Si donc les rêves n’y parviennent pas, les expériences de veille à venir risquent de rejouer la scène traumatique. Soit par l’envahissement du rêve à l’état de veille (hallucinations) soit par la répétition d’expériences qui reproduisent les conditions de la scène traumatique. C’est de là que nous vient
la compulsion à répéter nos expériences traumatiques malgré nous, jusqu’à extinction totale des sensations et des émotions enkystées dans notre mémoire implicite inconsciente (celle qui a mémorisé les expériences émotionnelles stockées dans l’amygdale). 
Le cas échéant, l’émotion, à force d’agir continuellement en nous,
devient traumatique et intègre peu à peu notre caractère nous poussant à réagir émotionnellement de manière conditionnée et identique dans des situations similaires. Habitué à subir une émotion à répétition dans l’enfance et à n’en obtenir aucun apaisement véritable, nous restons figés de terreur, enragé de jalousie, agrippé affectivement de peur de perdre un parent...ou prêt à (sur-)réagir ainsi au moindre indice qui rappelle le passé traumatique.

L’angoisse correspond au surgissement le plus souvent inconscient de l’émotion traumatique du fait d’une situation qui rappelle les situations initiales qui l’ont générée.
Chez certaines personnes l’angoisse reste constante et envahissante alors que chez d’autres elle ne survient que dans certaines circonstances. Plus l’émotion traumatique est inconsciente et envahissante, plus elle est douloureuse et risque de conflictualiser nos rapports aux autres.

Il existe tout un répertoire possible de comportements mentaux/physiques qui nous aide à gérer l’angoisse que j’appellerai désormais l’E.T. l’émotion traumatique. L’humain est très créatif en termes de « mécanismes de défense ». Freud fut le premier à les définir ainsi que Sandor Ferenczi, Anna Freud, Mélanie Klein et d’autres psychanalystes qui ont continué sur ce chemin. 
Les différents modes de gestion de l’E.T. (« mécanismes de défense ») conditionnent nos rapports aux autres et notre intégration à la vie collective. Ils diffèrent netteme
nt selon que l’ET envahit et domine complètement la personne et son interprétation du monde ou que la personne arrive tant bien que mal à dominer l’E.T. en vue le plus souvent d’être intégrée socialement. C’est sous l’angle de la gestion de l’E.T. en fonction de l’intégration sociale qu’elle conditionne que nous redéfinirons les modes - autistique, psychotique, névrotique, borderline et pervers.

  • Dans le mode de gestion psychotique, la personne est envahie par l’E.T qui conditionne grandement ses réactions et ses interprétations émotionnelles des autres et du monde.

  • Dans le mode de gestion autistique, la personne est aussi envahie par l’E.T qui conditionne grandement ses réactions et ses interprétations émotionnelles du monde et se met à l’abri pour éviter le plus possible que soit réactivée l’E.T.

  • Dans le mode de gestion pervers, la personne est aussi envahie par l’E.T mais elle incarne l’agresseur qui l’a provoquée chez elle pour la faire subir à autrui qui endossera son rôle de victime quand elle était enfant. Ces agirs antisociaux sont cependant cachés par un masque social très élaboré donnant l’illusion bien ficelée d’une personnalité admirable socialement (réussite professionnelle et grandeur morale en apparence).

  • Dans le mode de gestion névrotique, la personne est moins envahie par l’E.T que dans les autres modes. De ce fait elle arrive à en contrôler les effets néfastes sur ses relations et son intégration sociale. Cependant, cette répression de l’E.T génère des symptômes douloureux aussi.

  • Dans le mode de gestion borderline, les modes - psychotique et névrotique oscillent. La névrotisation de l’E.T. est en cours mais non aboutie. La personne peut être très névrosée puis sombrer dans la psychose et vice versa.

  • Dans la « régulose », la personne arrive à s’autoréguler et ne souffre pas de s’épuiser à réprimer l’E.T. ou d’en être totalement envahie. L’E.T. s’apaise d’elle-même grâce à une rétroaction corticale efficace. Cet état s’atteint au terme d’une enfance bien co-régulée émotionnellement et/ou d’une thérapie co-régulante qui mène selon moi à développer une capacité d’autorégulation qui s’entretient dans le cadre d’un entrainement à gérer ses émotions par rétroaction corticale.

Les symptômes qu’ils soient névrotiques, pervers, borderlines ou psychotiques sont donc des SSPT : névrotiques, ils sont légers et supportables n’entravant pas trop la vie sociale alors que psychotiques, autistiques, borderlines, et pervers, ils sont intenses, parfois insupportables et handicapent la vie des gens.

J’ai synthétisé dans un tableau les principaux modes de gestion de l’E.T. en rapport avec l’adaptation de la personne à la vie collective, nos sociétés étant organisées ainsi. 
Je les ai classés selon un axe horizontal - celui des défenses neurophysiologiques et selon un axe vertical - celui des classes diagnostiques psychiatriques (bien que la névrose ait disparu du DSM) correspondant pour moi aux grands types de mode de gestion de l’E.T. en rapport avec l’adaptation de la personne à la vie collective.

Tableau générique des modes de gestion de l’E.T (« mécanismes de défense ») 

Tableau générique des modes de gestion de l’E.T (« mécanismes de défense »).

Mon expérience clinique m’a aussi menée à identifier à travers tous les récits de mes analysants, 18 E.T. typiques de l’enfance. Pour faciliter la lecture et (l’auto)diagnostic, j’ai limité l’illustration à deux modes de gestion de l’E.T par émotion traumatique (E.T.) bien qu’il en existe une quarantaine par E.T. comme on peut l’observer dans le tableau générique des modes de gestion de l’E.T (« mécanismes de défense ») présenté ci-dessus.

J’ai choisi d’indiquer :

  • à gauche, une défense par continuité : la personne développe dans son caractère, l’E.T. qui domine ses réactions depuis l’enfance.

  • à droite, une défense à contre-pied : en s’identifiant à l’agresseur initial de l’enfance, la personne fait subir à autrui l’E.T. pour ne plus la subir elle-même.

Tableau des 18 E.T et de 2 modes de gestion de l’E.T. (défenses) typiques

Tableau des 18 E.T et de 2 modes de gestion de l’E.T. (défenses) typiques.

Étant donné que nous sommes tous une constellation unique de plusieurs E.T. et de divers modes de gestion de celles-ci, les combinaisons caractérielles sont importantes et très variées. Pour avoir une idée quantitative de nos défenses ou modes de gestion des E.T., il faut adapter le tableau des modes de gestion de l’E.T. à chaque type d’E.T. Cela donne que nous avons environ 18x40 soit 720 modes de gestion (« mécanismes de défenses ») possibles pour générer nos 18 traumatismes émotionnels infantiles.

Bien qu’il y ait des points communs, personne n’a forgé le même caractère que personne d’autre. Statistiquement 720 x 719 X 718.../ 720 ! (720 factorielle) donnent infini configurations possibles.

Si l’on considère de manière plus réaliste que nous cumulons 2 à 3 ET pour lesquels on a développé en moyenne au total, 5 mécanismes de défenses ou mode de gestion de l’E.T., alors le calcul est le suivant pour calculer le nombre de configurations possibles : 720 x 719 X 718 x 717 x 716 : 20.000 milliards de caractères possibles !!

Avant donc de diagnostiquer quelqu’un et de l’enfermer dans une case, n’oubliez pas qu’entre 20.000 milliards à infini de configurations est possible...  « Dur dur » d’en faire le tour en 1 séance comme certains le prétendent... ;-)

Il est important de souligner aussi qu’une personne souffre généralement de troubles différents selon le type de relations et d’enjeux émotionnels. Par exemple quelqu’un peut être psychotique en amour mais névrosé dans le sexe, pervers dans ses relations à l’argent et très régulé dans son métier. Évidemment cet exemple est caricatural, sa vocation est didactique. Il est cependant important de bien explorer toutes les E.T. qui taraudent une personne qui s’activent dans des contextes différents pour elle, et pour lesquels elle déploiera des modes de gestion différents. Aucun individu n’est un psychotique, un pervers, un névrosé ou un borderline. Nous sommes tous un peu, beaucoup, passionnément, à la folie tout cela selon les circonstances et les contextes relationnels bien qu’il soit vrai qu’il y a des dominantes chez tout un chacun !

J’invite les thérapeutes à se référer à ses 2 tableaux pour s’aider à repérer les E.T. et les modes de gestion de l’E.T. de leurs analysants/patients. Ils me semblent utile aux objectifs d’une thérapie qui sont d’aider la personne en souffrance à :

  1. Conscientiser l’E.T. (ou les E.T.) qui la domine et d’identifier leur source qui remonte souvent à l’enfance,

  2. Repérer les modes de gestion de l’E.T. mobilisés préférentiellement dans ses rapports aux autres et les conflits qui en découlent,

  3. S’entraîner à travers ses diverses expériences de vie à repérer, quand l’E.T. surgit, les situations qui la ravivent ainsi que les défenses mobilisées pour la gérer,

  4. S’entraîner à les désamorcer dès repérage pour, à force, les déconditionner le plus possible.

Toute personne qui souhaite s’auto-analyser peut également s’y référer même s’il est nettement préférable de le faire à l’aide d’un professionnel formé pour.

INTRODUCTION

L’origine des réflexions psychanalytiques sur le traumatisme commence par une découverte choquante pour la société viennoise de l’époque en 1890.

Sigmund Freud neurologue, découvre et soutient de 1890 à 1897 que la névrose - à travers l’hystérie qu’il étudie en particulier - puise sa source non pas dans une origine organique (potentiellement héréditaire donc) mais dans le fait d’une agression de séduction sexuelle traumatique subie par l’enfant (la fille en général dans le cas de l’hystérie qu’il étudie) par un adulte (le père en général).

Cette découverte, désignant les comportements agressifs et incestueux du père, comme la source des troubles mentaux dont l’hystérie en particulier, fût si mal accueillie par la société de l’époque que Freud perdit brutalement sa patientèle et abandonna rapidement sa théorie de la séduction qu’il avait nommée neurotica.

Aux agressions-séductions sexuelles parentales sur l’enfant causes des maladies mentales, il substitua des fantasmes dits originaires de celles-ci : l’hystérique souffrirait de fantasmer d’avoir été agressée et/ou séduite sexuellement mais ne l’aurait jamais été dans les faits selon le Freud d’après 1897. En gros, l’hystérique prendrait selon Freud son fantasme d’être séduite par son père pour la réalité. En d’autres termes, les femmes atteintes d’hystérie délireraient avoir été agressées par leur père pendant l’enfance.

« Freud, dans la célèbre lettre 69 du 21 septembre 1897, écrit à Fliess : « Je ne crois plus à ma neurotica » (Freud S., 2015. Lettre à Fliess 69 du 21 septembre 1897 dans Lettres à Fliess 1887-1904, Paris, PUF). Il engage par ces mots le tournant épistémologique majeur de la jeune science psychanalytique, signifiant ainsi que, après avoir longtemps accepté que les scènes de séduction rapportées à l’envi par ses patients hystériques étaient des scènes réelles, il les considère désormais comme des créations fantasmatiques : « Il n’existe dans l’inconscient », écrit-il dans cette même lettre 69, « aucun indice de réalité » (Janin C., 2005. « Au cœur de la théorie psychanalytique : le traumatisme » dans Le traumatisme psychique, Organisation et désorganisation. Paris, PUF, 43-55).

Suite à cette découverte choquante ainsi qu’à ses conséquences - celles d’être déchu (perte de notoriété et de sa patientèle), traumatisé, Freud utilisera un mécanisme de défense pour surmonter cette épreuve et regagner en célébrité : le déni, d’où sa formule : « aucun indice de réalité ».

Ainsi pour le Freud d’après 1897 et pour bien encore des psychanalystes contemporains, le traumatisme psychique source des névroses et autres troubles mentaux, s’expliquerait par des fantasmes dits originaires, innés si l’on puit dire. Ces fantasmes sont au nombre de 3 selon Freud : le fantasme de séduction, le fantasme de castration et le fantasme de la scène primitive. Nous naîtrions avec ce package fantasmatique prêt à s’enflammer sans qu’« aucun indice de réalité » d’agression initiale à l’égard de l’enfant n’en soit à l’origine.

 

Cette renonciation de Freud désignant désormais l’enfant comme producteur de ses fantasmes source de ses névroses illustre parfaitement la source d’un traumatisme.

L’enfant réellement victime d’un parent intempestivement agresseur (séducteur et/ou castrateur (méchant en langage courant)) est désigné coupable de fantasmer de telles agressions par le parent et/ou la société pour ainsi ne plus avoir rien à se reprocher. Cette culpabilisation de l’enfant permettant une déculpabilisation du comportement parental fût également l’œuvre de Mélanie Klein qui élargit la liste des fantasmes originaires contenus dans la psyché du nourrisson dessaisissant le parent de toute responsabilité.

Un parent ou une théorie psychanalytique qui dénie la faute parentale commise sur l’enfant et la rejette sur lui le rendant coupable d’une agression dont il est pourtant la victime, produit un traumatisme sévère, lourd de conséquence sur l’avenir de l’enfant.

Comment l’enfant peut-il se faire confiance et ne pas se méfier systématiquement de son environnement après un tel retournement de situation ? Nous verrons que les états psychotiques puisent leur source dans de telles situations traumatiques génératrices de détresses vitales et de peurs et méfiances extrêmes à l’égard des parents et du monde par extension.

Cette source du traumatisme, l’agression suivie d’un déni et/ou d’une culpabilisation de l’enfant par l’environnement (souvent par l’agresseur en question) avait été justement mise en évidence par Sandor Ferenczi, psychanalyste confrère très proche de Freud dans un premier temps puis rejeté par lui dans un second temps pour avoir assumé jusqu’au bout ses découvertes sur les origines incestueuses de bien des troubles psychiques (et analyste de Mélanie Klein qui n’en a pas retenu la leçon !)

Selon Ferenczi : ce qui fait traumatisme ce n’est pas nécessairement l’agression réelle qui a eu lieu mais c’est l’impossibilité pour l’enfant victime de l’agression de dire, de confier (verbalement s’il parle ou symboliquement par des dessins) l’événement à un tiers et ainsi d’être consolé et reconnu victime du fait d’une négation de l’agression par le parent ou l’environnement, voire pire d’une culpabilisation de celui-ci. Si l’enfant a subi des coups par exemple, le parent peut le justifier à l’enfant en prétextant qu’il les méritait parce qu’il était méchant.

Ferenczi reconnut courageusement et ne renonça pas comme Freud à la réalité des agressions sources de traumatismes infantiles et des troubles mentaux qui en découlent.

« L’objection, à savoir qu’il s’agissait de fantasmes de l’enfant lui-même, c’est-à-dire de mensonges hystériques, perd malheureusement de sa force, par suite du nombre considérable de patients en analyse, qui avouent eux-mêmes des voies de faits sur des enfants. » (Ferenczi S., 1982. Confusion de langues entre l’enfant et l’adulte dans Œuvres complètes, Tome IV. Paris, Payot, p. 125-135)

Ferenczi confère à la réalité du traumatisme le statut de vérité historique qu’il est nécessaire de reconnaître pour qu’un processus de guérison puisse s’engager (Sans cette reconnaissance, le traumatisme est rejoué et la vie (ainsi que l’analyse) devient évidement un interminable rejeu traumatique). Son courage lui valut d’être rejeté brutalement par Freud qui refusa de lui serrer la main dignement lors du dernier congrès où il assuma de réhabiliter la neurotica. Il fut également rejeté par la communauté psychanalytique qui resta fidèle au maître. L’époque n’était vraiment pas prête pour cela !

En 2023, elle ne l’est pas encore vraiment totalement malgré la levée progressive des tabous sur les maltraitances parentales incestueuses entre autres et nombre très conséquent d’études menées dans le monde entier qui démontrent clairement l’origine des troubles mentaux dans les comportements parentaux insécurisants. Les courants psychanalytiques qui continuent d’appliquer Freud à la lettre (la lettre 69 du 21 septembre 1897 écrite à Fliess !) considèrent encore aujourd’hui qu’il y a fumée sans feu. Les psychanalystes issus de ces écoles (pas tous heureusement) semblent pourtant rejouer leurs propres traumatismes infantiles mais en inversant les rôles (Via le mécanisme de défense d’identification à l’agresseur décrit par Anna Freud et Ferenczi que nous détaillerons plus tard) : le statut du tout-puissant et tout-sachant psychanalyste ne singerait-il pas le statut du parent agresseur auquel ces psychanalystes se sont identifiés pour faire jouer aux analysants traumatisés, le rôle de l’enfant maltraité et culpabilisé qu’ils ont été. Déni, clivage et sadisme par identification au parent agresseur : les 3 ingrédients de la perversion (d’un certain type de psychanalystes).

Le lien causal entre les troubles mentaux dont le DSM liste les symptômes décorrélés de leurs causes et les négligences et maltraitances parentales est de moins en moins tabou mais pas encore tout à fait supporté par l’ego humain du 21e siècle.

« Face à l’augmentation croissante du nombre d’enfants soignés par le RNSTE (Réseau National sur le Stress post-Traumatique chez l’Enfant (traduit de l’anglais)), il est devenu impératif d’avoir un diagnostic qui reflète la réalité de leur expérience. Pour ce faire nous avons consulté les dossiers de 20 000 patients et réuni tous les articles de recherche que nous avons trouvés. Pour ce faire, nous avons retenu 130 études particulièrement ciblées, portant sur 100 000 sujets du monde entier. Puis un groupe de travail formé de douze médecins chercheurs spécialisés dans le traumatisme de l’enfance, s’est réuni tous les six mois pendant quatre ans pour rédiger un diagnostic approprié, que nous avons décidé d’appeler le « trouble de traumatisme développemental ». En analysant les données, nous avons découvert un profil régulier :

  1. Tendance globale à la dérégulation émotionnelle (instabilité).

  2. Problèmes d’attention et de concentration.

  3. Difficultés à s’entendre avec les autres et soi-même.

Ces enfants étaient extrêmement versatiles, passant très vite de la colère et de la panique au détachement, à la dissociation, à l’alexithymie. Quand ils étaient perturbés (soit la plupart du temps), ils ne pouvaient ni se calmer ni décrire ce qu’ils ressentaient (...) En février 2009, nous avons soumis notre nouveau diagnostic à l’Association américaine de psychiatrie (APA), assortie de cette lettre :

« Les enfants qui se développent en étant sans cesse en danger, maltraités et sujets à de graves carences dans les soins familiaux, souffrent en outre des modes de diagnostic actuels, qui insistent sur le contrôle du comportement sans tenir compte de l’état de traumatisme personnel. Des études sur les séquelles du traumatisme infantile lié à la maltraitance ou à la négligence parentale mettent en évidence de sévères problèmes chroniques dans la régulation des émotions, le contrôle des impulsions, l’attention, la cognition, les schémas relationnels et l’image du moi. Aujourd’hui, faute d’un diagnostic spécifique au traumatisme, ces enfants se voient diagnostiquer en moyenne 3 à 8 troubles comorbides (Parmi eux : TDAH « Trouble déficit de l’attention/Hyperactivité », « Trouble oppositionnel avec provocation », « trouble disruptif avec « dysrégulation » émotionnelle...). Persister à leur attribuer des diagnostics multiples a de graves conséquences : cela défie toute rationalité budgétaire, nuit à la clarté étiologique et risque de cantonner toute thérapie ou intervention à un aspect partiel de leur psychopathologie, au lieu de promouvoir une approche globale du traitement. »

(...) J’étais sûr qu’à la lecture d’un tel courrier, l’Association américaine de psychiatrie considérerait sérieusement notre proposition. Mais quelques mois plus tard, Matthew Friedland, le président du sous-comité du DSM concerné, nous a informés que le trouble de traumatisme développemental avait peu de chances d’être inclus dans le DSM-V. Le consensus disait-il, était qu’aucun nouveau diagnostic n’était nécessaire pour remplir une « niche diagnostique manquante ». Un million d’enfants maltraités et négligés chaque année aux États-Unis formaient une « niche diagnostique » ?

« L’idée que les premières expériences négatives de l’enfance créent de graves troubles du développement est plus une intuition clinique qu’un fait fondé sur la recherche, poursuivait-il. Cette déclaration est souvent avancée, mais ne peut être confirmée par des études prospectives. »

Pourtant, nous avions inclus plusieurs études prospectives dans notre proposition. (Pour les découvrir, RDV p. 223 du livre de van der Kolk, B., 2018. Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, Éditions Albin Michel) »

(Van der Kolk B., 2018. Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, Éditions Albin Michel, p. 220-223)

Heureusement l’histoire de la pensée est faite d’oppositions salvatrices. Le débat était déjà lancé dès le début du 20e, il l’est toujours début 21e siècle mais des avancées ont eu lieu entre temps et ça n’est pas fini ! A Freud, s’opposa Sandor Ferenczi et à Mélanie Klein s’opposa Donald Winnicott (pour ne citer qu’eux). Ainsi, un siècle avant que le RNTSE tente de convaincre gentiment l’Association américaine de psychiatrie, les opposants à la théorie freudienne constataient déjà tous deux une origine des troubles mentaux dans un comportement parental inadapté aux besoins de l’enfant plutôt que dans des fantasmes originaires, innés. Winnicott révèle pour sa part l’importance de « l’environnement » parental et la nécessité d’une « mère suffisamment bonne » sans exiger d’elle la perfection évitant ainsi une vexation insupportable de la part de la société de son époque bien que plus tardive et propice à un changement de mentalité – 1960-70. Sa parole fut entendue et largement médiatisée car il prit soin de reconnaître le rôle régulateur des parents sans pour autant les incriminer.

Notons cependant que Freud, à la différence de Klein qui restera agrippée à sa théorie des fantasmes infantiles, fera évoluer sa théorie du traumatisme sans pour autant renoncer clairement à sa théorie du fantasme. En 1920 soit plus de 20 ans après son abandon brutal de sa neurotica, Freud inspiré par ses échanges avec Ferenczi (ne le citant pas pour autant !) - pense à présent le traumatisme en lien avec une effraction du pare-excitation. Dans Au-delà du principe de plaisir, l’angoisse ultime est représentée par « l’Hilflosigkeit » – la détresse du nourrisson qui désigne :

« L’effroi d’origine interne ou externe donnant lieu à une paralysie du sujet face à une effraction quantitative. » (Freud S., 1920. Au-delà du principe de plaisir, Paris, PUF)

Les conséquences cliniques pour Freud sont la névrose traumatique assortie d’une compulsion à répéter le trauma. Sa théorie corrobore enfin les propos de Ferenczi qui lui, donne la définition suivante du traumatisme :

« Un choc inattendu, non préparé et écrasant, agit pour ainsi dire comme un anesthésique. Mais comment cela se produit-il ? Apparemment par l’arrêt de toute espèce d’activité psychique, joint à l’instauration d’un état de passivité dépourvue de toute résistance. La paralysie totale de la mobilité inclut aussi l’arrêt de (...) la pensée. » (Ferenczi S, Groddeck G, Correspondance, 1921-1933, Paris, Payot, 1982)

Mais ça n’est pas fini. Freud en 1926 dans Inhibition, symptôme et angoisse établit un lien entre traumatisme et perte d’objet (perte de la personne aimée, de son amour, etc.). Thèse qui sera magnifiquement démontrée et autrement élaborée par John Bowlby dans Attachement et Perte en 1969 démontrant cliniquement l’impact traumatique des abandons et des carences affectives sur le développement et les troubles mentaux de l’enfant.

Enfin, et cette fois c’est fini, Freud reviendra à sa neurotica sans l’assumer clairement en 1939 dans son œuvre finale, L’Homme Moïse et la religion monothéiste :

« Les expériences traumatiques se situent dans la période de l’amnésie infantile (...) elles se rattachent à des impressions de nature sexuelle et agressive, certainement aussi à des atteintes précoces du moi. » (Freud S, 1939, L’Homme Moïse et la religion monothéiste, Paris, PUF, 2011)

« Évoquer le traumatisme en psychanalyse conduit, en effet, non seulement à évoquer l’histoire et le développement de ce concept clé qui parcourt la théorie freudienne de bout en bout (des Études sur l’hystérie et de L’« Esquisse », 1895, à l’Abrégé de psychanalyse (1940 [1938]) , mais encore à examiner comment ce concept s’articule avec ceux de traumatique et de trauma. Cet acheminement conceptuel conduit S. Freud à exposer une « vue d’ensemble » de ses théories concernant le traumatisme dans son œuvre testamentaire, L’homme Moïse et la religion monothéiste (1939). De ce magistral tableau, il ressort que les nouvelles propositions freudiennes reprennent implicitement certaines conceptions concernant le trauma, que S. Ferenczi avait élaborées quelques années plus tôt (entre 1928 et 1933). » (Bokanowski T., Variations sur le concept de “ traumatisme ” : traumatisme, traumatique, trauma dans Revue française de Psychanalyse 2005/3 (Vol. 69), pp. 891-901)

Pour ma part, je constate sur la base de nombreuses années d’observation que les souffrances et les troubles mentaux trouvent leur source dans des traumatismes réels et non fantasmatiques subis durant l’enfance, période où les défenses archaïques de l’homo sapiens sont très actives et très conditionnantes pour l’avenir du fait de l’état de dépendance du tout-petit à l’égard de l’environnement parental pour assurer sa survie. Vulnérable l’enfant doit être bien protégé et rassuré par ses parents pour développer petit à petit une capacité à s’autoréguler émotionnellement ultérieurement. Dans le cas inverse, lorsque les parents se montrent négligents, indifférents, agressifs ou insécurisants, le petit apeuré développe des stratégies de défense émotionnelle et cognitive pour tenter en vain de s’auto-calmer. Elles sont délétères sur le long terme car à force de répétition, ces défenses deviendront réflexes - au moindre indice en lien direct ou très indirect avec les éléments du traumatisme infantile - et constitutives de sa personnalité adulte. Ces enfants-là se forgent une personnalité traumatique dont il sera très difficile de se débarrasser tant les conditionnements de gestion de la peur forgés dans la toute petite enfance sont ancrés neurophysiologiquement dans le corps (cette mémoire est logée dans l’amygdale cérébrale particulièrement peu sensible à l’intervention de la conscience et du raisonnement). C’est pourquoi, nous le verrons dans le détail, il n’est pas suffisant d’être conscient de ses traumatismes et de vouloir arrêter d’en souffrir pour y arriver). Les conditionnements émotionnels de gestion de la peur ne se commandent pas par la raison...Ce qui donne raison à la phrase de Pascal :

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » (Pascal B., Pensées, Paris, Flammarion, 2015) que nous pourrions modifier ainsi : le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Ainsi :

« Quand les enfants se sentent en permanence coupables ou en colère, ou lorsqu’ils ont une peur chronique d’être abandonnés, ces sentiments viennent d’une expérience réelle. Par exemple, s’ils craignent qu’on les abandonne, ce n’est pas en réaction à des pulsions homicides intrinsèques, mais plutôt parce qu’on les a abandonnés physiquement ou psychologiquement, ou qu’on les a souvent menacés. Quand des enfants sont toujours plein de rage, cela vient souvent d’un rejet ou de mauvais traitements. Si leur colère les plonge dans un conflit intérieur intense, c’est peut-être bien parce que l’exprimer est interdit, voire dangereux. » (Sroufe A., Egeland B., Carlson E., WA Collins, The development of the Person: the Minnesota Study of Risk and Adaptation, NY, The Guilford Press, 2005, p. 266)

Les traumatismes peuvent être de nature sexuelle (viol ou séduction) mais de tout autre nature : insécurisation affective, exploitation, infériorisation, culpabilisation, maltraitance physique...

Mon expérience clinique m’a menée à identifier 18 grandes catégories de traumatismes infantiles émotionnels. Les comportements défensifs mis en place durant l’enfance, demeurent permanents et deviennent extrêmement réactifs à l’âge adulte tellement ils ont été nécessaires à la survie physique et/ou psychique de l’enfant mis en danger par sa famille et/ou son environnement (la société, sa communauté...).

Chaque traumatisme peut donner lieu à une quarantaine de défenses (Nous détaillerons ces défenses dans le point 2.3. Vous pouvez vous y reporter pour parcourir les 40 types de défenses génériques. Cette quarantaine de défenses bien que génériques à tout traumatisme émotionnel, s’expriment différemment selon le type de traumatisme émotionnel concerné), dont des défenses de continuité celles qui continuent de rejouer le traumatisme initial pour y trouver une issue apaisante qui n’a pas pu avoir lieu, et des à défense à contre-pied, défenses de renversement qui consistent en une identification à l’agresseur (Cette défense a été conçue par Anna Freud (fille de Freud devenue psychanalyste théoricienne et clinicienne et par Sandor Ferenczi sous une autre forme. Nous détaillerons cette défense dans un chapitre dédié, partie 3) à la source du traumatisme (parent ou environnement familial, communautaire ou social).

40 défenses sont possibles par traumatisme. Nous faisons le choix de ne présenter dans ce tableau que 2 types de défenses par traumatisme pour des raisons pédagogiques – de lisibilité et d’appropriation de l’information en vue de faciliter l’autodiagnostic.

Tableau des 18 E.T et de 2 modes de gestion de l’E.T. (défenses) typiques

Tableau des 18 E.T et de 2 modes de gestion de l’E.T. (défenses) typiques.

Nous sommes tous plus ou moins traumatisés : chaque personne est une constellation unique d’un nombre de défenses plus ou moins fortement ancrées depuis l’enfance et que nous mobilisons plus ou moins intensément selon les circonstances émotionnelles auxquelles nous devons nous adapter tout au long de notre vie. Bien qu’à la croisée de ces 18X40 = 720 défenses ! ; nous sommes plus enclins à endosser certaines que d’autres : nos défenses de prédilection dépendent des émotions traumatiques qui ont particulièrement marqué notre existence infantile et qui continuent d’« être plus fortes que nous », c’est-à-dire de conditionner nos réactions en relation avec autrui, écho de nos relations d’origine d’avec nos parents.

 

Nos conflits relationnels résultent de la rencontre des défenses des uns et des autres qui s’opposent les unes aux autres.

Pour apaiser les relations entre tous, nous devons apprendre à nous connaître personnellement (reconnaitre nos traumatismes émotionnels et nos défenses de prédilection) dans un 1er temps et apprendre aussi comment les autres se défendent de leurs émotions traumatiques pour mieux composer avec soi-même et autrui.

L’apaisement des conflits internes et relationnels mérite un travail sur soi et mériterait aussi que soit proposée aux futurs parents une formation en psychologie afin que soient connus et respectés les besoins psychologiques et affectifs de l’enfant afin qu’il développe sa personnalité authentique et ses talents naturels. Il me semble qu’une politique de prévention est nécessaire afin que l’on puisse éviter les traumatismes infantiles et les conflits relationnels adultes qui en découlent.

Avant d’aborder ces catégories traumatiques et les défenses associées dans le détail (partie 3), il nous faut comprendre avant tout ce qu’est un traumatisme infantile sur le plan émotionnel donc neurophysiologique (Au niveau des systèmes nerveux) et neuropsychologique (Au niveau neuronal). Du normal au pathologique :  de la fonction des défenses et des émotions normales à leur traumatisation en cas d’excès et de répétition et d’impossibilité de décharge et d’apaisement.

1. LES SOURCES DU TRAUMATISME INFANTILE

1.1 UN ENVIRONNEMENT INSÉCURISANT GÉNÉRATEUR D’ÉMOTIONS DÉFENSIVES QUI RESTERONT ACTIVES ET EN RECHERCHE DE DÉCHARGE TOUTE LA VIE DURANT

 

Perte, indifférence, abandon ou exploitation affectives, maltraitances à coup de mots humiliants, culpabilisants... ou bien à coup de gifles, de regards obscènes, de propos ou de confidences incestueuses, d’exploitation narcissique, sexuelle, non-assistance à l’enfant en danger ou mise en concurrence de la fratrie au sein du foyer...autant de situations qui traumatisent le sentiment de sécurité affective et les émotions nécessaires pour développer une capacité à s’autoréguler émotionnellement, à s’autonomiser, à intégrer des modèles identificatoires inspirants et des règles ressenties comme justes...nécessaires à la croissance en cours de l’infans et de son adaptation sociale, amoureuse et professionnelle à venir.

Face à ces violences qui scandent son enfance au sein de son foyer et/ou de sa communauté, l’enfant éprouvera à répétition des émotions comme :

 

  • la terreur,

  • l’humiliation,

  • la honte,

  • la culpabilité,

  • la jalousie,

  • l’injustice,

  • la dissociation,

  • le repli,

  • la tristesse,

  • le désespoir,

  • la dépression,

  • la colère,

  • la rage,

  • la haine,

  • l’excitation et/ou le dégout sexuel lorsqu’il est rendu témoin ou victime de scènes sexuelles.

  • etc.

À force de répétition - sans arrêt culpabilisé, sans arrêt terrifié, sans arrêt mis en colère, sans arrêt excité...l’enfant finira par intégrer l’émotion comme un trait de sa personnalité : c’est ainsi qu’il s’entendra dire de ses parents qui ont généré chez lui cette émotion (alors qu’ils sont censés le protéger et l’apaiser), qu’il est un « enfant difficile », de « nature colérique », qu’il a « un sale caractère », qu’il est « méchant » ou bien qu’il est « un angoissé » ou « un petit vicieux », etc. : « une mauvaise graine » quoi !

« L’accumulation d’expériences émotionnelles de nature similaire pendant l’enfance contribue à la mise en place de schémas de pensée, de comportements et d’affects qui produiront par la suite la forme de traits de personnalité relativement stables. » (Luminet O., Grynberg D., Psychologie des émotions, introduction, p. XVIII, deboeck Supérieur, 2021)

Ces jugements disqualifiants renforceront l’intégration de ces émotions dans la psyché de l’enfant et deviendront ainsi structurelles dans son comportement d’adulte.

  • Par exemple, un enfant très insécurisé tout petit - privé trop longtemps et sans soutien ou compensation de sa mère développera à son égard un agrippement intense et systématique ou un évitement dès son retour sans pouvoir autant ressentir un apaisement. Adultes, les enfants « agrippés » souffriront de dépendance affective et se sentiront en danger perpétuel d’abandon dans toutes leurs relations affectives alors que les enfants « évitants » deviendront des adultes autosuffisants ou abandonniques, évitant ou rejetant toutes relations affectives engageantes. Ces deux types d’attachements dépendants et évitants ont été découverts grâce aux travaux de Bowlby publiés dans Attachement et Perte en 1969 qui a mis à jour la nécessité vitale d’un attachement sécure en début de vie. Ce sont Mary Ainsworth en 1964 (Ainsworth, M., 1964. Patterns of attachment behavior shown by the infant in interaction with his mother in Merrill-Palmer Quarterly of Behavior and Development Vol. 10, No. 1 (January, 1964), Published By Wayne State University Press, pp. 51-58) et Marie Main en 1990 (Main, M., & Solomon, J., 1990. Procedures for identifying infants as disorganized/disoriented during the Ainsworth Strange Situation. In M. T. Greenberg, D. Cicchetti, & E. M. Cummings (Eds.), Attachment in the preschool years: Theory, research, and intervention, The University of Chicago Press, pp. 121-160) qui ont permis d’identifier les différents types d’attachement en fonction du lien parental précoce.

  • Dans cette étude Ainsworth dans la continuité des travaux de John Bowlby pour lequel l’attachement est un besoin primaire pour ainsi dire vital, va observer durant un an des mères et leur bébé au cours des repas le temps des trois premiers mois de vie du bébé en focussant ses analyses sur la sensibilité et la capacité de la mère a à appréhender les besoins de son enfant. Un an après ces observations, elle rencontre à nouveau les mêmes dyades mère-enfant et évalue la nature de l’attachement des enfants à la mère. Pour ce faire, elle met les enfants dans huit situations différentes, impliquant des séparations et des retrouvailles avec leur mère, après avoir été laissé à un inconnu. Les résultats débouchent sur la mise à jour de trois types d’attachement :

    • L’attachement Sécure : l’enfant manifeste des signes de stress au moment de la séparation mais l’accueille chaleureusement durant les retrouvailles et ne focalise pas son attention sur lui à tel point qu’il retourne jouer.

    • L’attachement Insécure-évitant : l’enfant ne manifeste pas de signes de stress au moment de la séparation mais l’évite quand le parent revient. Il focalise son attention sur l’environnement dégagé du parent de manière continue.

    • L’attachement Insécure-résistant : L’enfant est stressé et préoccupé par le parent pendant la « Strange situation » et n’arrive pas à se calmer au retour du parent. Il focalise son attention sur celui-ci de manière constante.

  • Dans cette étude, Main et Solomon vont mettre à jour un quatrième type d’attachement :

    • L’attachement Désorganisé-désorienté : Lorsque les parents sont effrayés ou effrayants avec l’enfant, ce dernier se retrouve dans une situation paradoxale, puisque le parent qui doit être sécurisant est la source d’insécurité. 

Les 1ers – les dépendants affectifs, continuent de souffrir du traumatisme initial : ils ont développé une défense de continuité alors que les seconds – les évitants affectifs, ont développé une défense à contre-pied/d’annulation en détruisant toute possibilité que soit réitéré le contexte initial du traumatisme. Ces défenses -Dépendance affective et Évitement - typiques du Traumatisme d’Insécurisation affective feront l’objet de chapitres dédiés.

  • Autre exemple, un jeune enfant traumatisé par culpabilisation d’une de ses fonctions biologiques (instincts) se sentira, adulte, sans savoir pourquoi et sans en avoir aucune conscience parfois, coupable et donc souffrant d’assouvir l’instinct en question. Les instincts les plus ciblés sont généralement - se nourrir (pulsions alimentaires) et se reproduire (pulsions sexuelles) ou jouir de vivre tout simplement. Dans ces cas, l’enfant est traumatisé de manger à sa faim (« arrête de manger tu vas grossir et personne ne voudra de toi » ou de découvrir les joies de son anatomie « arrête de te toucher le zizi, le bon dieu va te punir »). Devenus adultes, certains ne pourront plus ni manger – ni avoir de rapport sexuel, d’autres le feront tant bien que mal en souffrant de culpabilité d’où les défenses - masochistes chez les uns pour se punir de le faire quand même ou - sadiques chez les autres pour punir un alter ego de le faire (comme lui quand il était enfant).

Les 1ers continuent de souffrir du traumatisme alors que les seconds développent une défense à contre-pied/d’inversion en s’identifiant au parent-agresseur faisant subir à un autre ce que lui subissait enfant.  Nous détaillerons ces deux défenses - Masochisme et Sadisme - typiques du Traumatisme de Culpabilisation ci-après dans des chapitres dédiés.

1.2 QUAND L’ÉMOTION SUBIE À RÉPÉTITION DEVIENT STRUCTURELLE

 

Ainsi, une émotion deviendra permanente et structurelle si celle-ci est :

  1. Provoquée par le comportement parental/social/communautaire de l’enfant.

  2. Ressentie très violemment et/ou à répétition.

  3. Non apaisée et/ou culpabilisée par l’intervention parentale ou l’environnement.

  4. Réprimée, refoulée par l’enfant faute de ne pouvoir l’exprimer et expulser la tension qui y est associée.

  5. Intégrée neurologiquement et physiologiquement dans un conditionnement défensif qui s’activera automatiquement au moindre indice en lien direct ou indirect avec le traumatisme.

Si tel est le cas, l’enfant traumatisé restera excité de rage, de colère, de jalousie, de honte, de culpabilité... jusqu’à croire qu’il est de nature colérique, jaloux, méchant, etc.

Tout traumatisme psychique est un traumatisme émotionnel.

Les émotions sont pourtant normales et naturelles tant que celles-ci sont éprouvées ponctuellement par une personne pour se défendre d’une situation défavorable.

Les émotions, génératrices de conflits tout comme celles qui sont génératrices de relations paisibles entre congénères d’une même espèce, sont d’ailleurs pour la plupart, communes à l’espèce humaine et aux espèces de mammifères vivants en groupe. Il n’est pas rare d’observer chez les humains mais aussi chez les bonobos, les chiens et autres mammifères sociaux la jalousie à l’égard de l'attention portée par la mère à un tiers qui fait obstacle à la relation duelle ou la soumission à un congénère qui a l'autorité de fait (le parent de l’enfant, le maître de l’animal, la femelle ou le mâle dominant du groupe…) et/ou s'il se montre menaçant.

Il peut être naturel et normal d’être jaloux dans des contextes donnés :

  • enfant, un petit frère arrive et accapare l’attention maternelle.

  • adulte, un ami gagne 50 millions d’euros à la loterie. 


Cela vous rend envieux et jaloux. C’est normal !
En revanche, être systématiquement jaloux de toute personne enviable relève du pathologique. Si cette jalousie vous fait ainsi souffrir intérieurement et vous pousse à être désagréable, voire à mettre en place des stratagèmes conscients ou inconscients avec ceux que vous enviez pour leur faire perdre l’objet de votre convoitise alors cette jalousie remonte à loin et relève d’un traumatisme de jalousie.

En effet, si une personne éprouve une émotion de manière quasi permanente (comme par automatisme) et ce, quelles que soient les circonstances, alors c’est que l’émotion en question est devenue chez elle pathologique et certainement source de conflits relationnels récurrents. Ainsi, si une personne se sent systématiquement envieuse d’une autre dès qu’elle est en situation favorable, alors l’émotion est devenue pathologique, c’est-à-dire structurelle donc inappropriée aux circonstances et source de souffrance chez elle et chez les autres personnes en relation avec elle. Il en va de même pour toutes les autres émotions génératrices de souffrance et de conflit, générées par des traumatismes infantiles comme :

  • la méfiance qui donne lieu au trait devenu « de caractère » : paranoïaque,

  • la séduction intempestive de la part d’un proche, un parent généralement (tant mère que père) qui donne lieu au trait devenu « de caractère » : hystérique,

  • l’impuissance qui donne lieu au trait devenu « de caractère » : soumis, contrôlant et/ou dominant,

  • etc.

Notons dès à présent, qu’à l’état pathologique, poussés à l’extrême, certaines de ces émotions ne sont observables que chez les humains. L’une des plus spécifiques à l’humanité - l’homo sapiens - est le sadisme poussé à l’extrême, pouvant mener un humain à torturer ou tuer pour le plaisir un autre humain ou un animal.  Ainsi le sadisme poussé à son extrême faisant d’une personne un pervers sadien (Tel Sade, le pervers sadien jouit de torturer psychologiquement et/ou physiquement une personne innocente, le plus souvent capturée de force et/ou par emprise qui n’est excitée en rien de subir des sévices imposés par le sadien alors que le sadique, lui, jouit de faire souffrir une personne à condition que celle-ci jouisse et soit excitée de souffrir des sévices qu’elle désire subir. Dans le 1er cas, il s’agit d’un acte criminel et dans l’autre d’un jeu avec contrat explicite ou tacite ou le consentement est partagé. Dans le deuxième cas uniquement, nous pouvons parler de rapport sadomasochiste) - à savoir éprouver de l'excitation joyeuse et très généralement sexuelle à faire souffrir un congénère ou un animal innocent est une émotion typiquement observable chez l’humain contrairement à d'autres qui sont communes à d'autres espèces de mammifères.

Ce qui donc transforme une émotion normale en une émotion pathologique source de conflit est un traumatisme émotionnel infantile non cicatrisé qui continue de blesser l’enfant dans l’adulte.

Les conflits engendrés par ces comportements devenus chez une personne intenses et systématiques (quasi structurants) peuvent mener cette dernière dans une impasse relationnelle (sociale, amicale, amoureuse, familiale, professionnelle) suffisamment grave pour être source de souffrances intolérables et de repli social handicapant.

Certaines souffrances sont supportables alors que d'autres peuvent mener une personne à s'autodétruire, voire même à envisager le suicide pour s'en libérer : « ...à demi épris de la mort apaisante » (Keats J., 1817. Poèmes et poésies. NRF, Poésie Gallimard, N°297comme dirait le poète John Keats.
C’est le cas dans les défenses de continuité : l’agressé qui continue de souffrir de ses traumatismes infantiles peut tenter de s’autodétruire ou de se tuer pour mettre fin à ses souffrances.

D'autres personnes a contrario vont tenter de se libérer de leurs insupportables souffrances traumatiques en s’identifiant à leur agresseur initial (souvent l’un des 2 parents) devenant maltraitantes à leur tour à l'égard d’autrui. C’est le cas des défenses à contre-pied qui mènent à l’alter destruction. Les enfants délinquants sont clairement dans ce cas-là. Ils agressent le parent, la société ou un congénère tout comme ils se sont sentis agressés initialement. N’oublions pas qu’il n’y a jamais de fumée sans feu.
La maltraitance à l’égard d’autrui qui pousse au meurtre d'innocents ou bien à la torture sadienne est une agression libératoire d’une charge traumatique non purgée au même titre que l'autodestruction et le suicide.

Dans le 1er cas le sadien s'en prend à l'autre pour décharger son agressivité par vengeance à l'égard d'un agresseur d'origine dont il n'a pas pu enfant se défendre ou se venger (souvent la mère et/ou le père défaillant, maltraitant...).

Dans le 2e cas la personne en autodestruction possiblement suicidaire s'en prend à elle-même ayant injustement incorporé la culpabilité que l'agresseur d'origine n’a jamais assumé et qui au contraire a culpabilisé l'enfant des maltraitances sous couvert de punitions éducatives. Dans ce cas tout de même le suicide reste une vengeance puisque le parent sera puni par l'enfant devenu adulte la plupart du temps, le privant de son pouvoir et de la dette qu’il peut avoir à son égard de l'avoir mis au monde. En se tuant, l’enfant annule la toute-puissance parentale de l’avoir mis au monde, annule ainsi sa dette et lui inflige humiliation publique et souffrance.

Le meurtre et le suicide sont selon moi les 2 comportements extrêmes qui résultent dans leur ensemble de traumatismes infantiles initiaux. Il n'est pas étonnant d'ailleurs de voir une personne passer au cours de sa vie d'un extrême à l'autre : de l'auto-destruction à l'alter-destruction et vice versa. Nous constatons d’ailleurs que bien des meurtriers ont tenté de se suicider avant de tuer un ou des congénères et/ou se suicident après avoir commis l’acte criminel.

1.3 L’ÉMOTION DEVENUE STRUCTURELLE FAUTE DE DÉCHARGE

 

Voilà pourquoi si une émotion négative est trop souvent éprouvée par l’enfant et ignorée par le parent ou l’environnement et qu’aucune action n’a lieu pour le soulager, l’alarme émotionnelle continuera de sonner toute la vie durant et :

  • De mobiliser le corps (activation du système sympathique) via des émotions comme la colère, la rage, la haine qui perdureront quelles que soient les circonstances.

Ou

  • De l’immobiliser (activation du système parasympathique dorsal) via des émotions comme la terreur, le désespoir, la soumission qui perdureront elles aussi quelles que soient les circonstances.

L’enfant condamné à subir son environnement familial, communautaire ou social, à ne pas pouvoir s’exprimer ni décharger la tension émotionnelle, cherchera toute sa vie durant, des situations similaires à celles de son enfance traumatique pour réussir enfin à décharger sa haine, sa colère, sa jalousie, éprouver inexorablement son manque d’amour... restées cristallisées en lui, faute de reconnaissance, de changements ou d’actions apaisantes de la part de l’environnement agresseur ou négligent. Cette recherche inconsciente de répétition traumatique vise en fait, la compréhension et la reconnaissance du statut de victime, le changement de l’environnement agresseur et la décharge émotionnelle qui n’ont pu avoir lieu en temps voulu pour rétablir un équilibre homéostatique complètement et durablement bouleversé par une enfance traumatisée émotionnellement.

Sans apaisement et sans décharge, l’alarme émotionnelle continue de sonner et s’intègre au corps comme une normalité. L’enfant trop souvent mis en colère, trop souvent rendu jaloux, trop souvent terrifié...par son environnement qui l’excite, l’apeure, l’attriste plutôt qu’il ne le calme, le régule émotionnellement et le protège comme il est censé le faire, produira un adulte dont l’identité se confondra avec ses émotions et ses mobilisations ou immobilisations nocives.

Pire encore, l’enfant sera stigmatisé et rejeté par l’environnement sous prétexte de son soi-disant caractère colérique, anxieux, mauvais, difficile... L’enfant traumatisé se construira donc avec une fausse idée de lui ne sachant pas que son caractère est en fait le reflet d’une défense contre son environnement qui l’a conditionné à réagir et se constituer ainsi. Le caractère de l’enfant est le miroir du comportement de l’environnement parental.

Les émotions (alarmes défensives instruisant l’organisme que l’environnement présente un danger) trop souvent sollicitées pendant l’enfance deviendront donc structurelles, c’est-à-dire « viscérales » et conditionneront durablement les représentations de soi et du monde et les comportements émotionnels du futur adulte.

L’enfant traumatisé par des émotions d’un type de défense particulier investira systématiquement à l’âge adulte le monde et ses relations aux autres avec le filtre défensif de son enfance – épée en main, armuré ou « à terre » – qu’il lui sera bien difficile de déposer malgré tous ses efforts, toute sa volonté pour parvenir à vivre autrement avec lui-même et autrui.

Nous verrons que ces émotions qui deviennent des traits de caractère conditionneront les comportements relationnels de l’adulte qui ne pourra plus voir et investir le monde et les autres qu’à travers le filtre défensif de ses émotions traumatiques. Ainsi il abordera le monde avec des :

  • Défenses de continuité :

    • ​Défenses le menant à continuer de souffrir du traumatisme en le répétant dans le but inconscient de le purger (ex : Traumatisme de culpabilisation => l’adulte masochiste qui se punit d’avoir des rapports sexuels)

Ou trouvera une autre forme de soulagement en développant des :

  • Défenses à contre-pied :

    • ​D’annulation : détruisant toute possibilité qu’un tel traumatisme se réitère (ex : Traumatisme d’insécurisation affective => l’adulte qui évite de s’engager dans tout type de relation affective, rompt ou fait en sorte de se faire quitter dès que la relation devient engageante.)

    • D’inversion : en inversant les rôles d’origine, l’adulte se comporte comme l’agresseur d’origine à l’égard d’un alter ego à qui il fera subir ce qu’il subissait enfant. (ex : Traumatisme de Séduction => l’enfant séduit et excité par son parent qui devient adulte un séducteur compulsif abandonnant la plupart du temps sa conquête une fois celle-ci séduite.) (La littérature est inépuisable sur ce sujet !)

    • Et d’autres – sublimation, intellectualisation...dont on établira la liste ultérieurement 

Ces attitudes défensives génératrices de conflits internes et interrelationnels douloureux le mèneront parfois dans des impasses dans lesquelles ils se sentira condamné à rester, impuissant d’en sortir malgré bien des efforts et toute sa volonté.

La thérapie analytique aura donc pour fonction d’aider les personnes traumatisées à modérer leurs conditionnements émotionnels établis dans l’enfance pour investir le monde plus sereinement en atténuant (D’expérience, il n’est possible que de l’atténuer. L’annihiler semble impossible) le filtre déformant de leurs conduites défensives.

Pour y parvenir l’analysant (le patient qui fait une psychanalyse) devra conscientiser les comportements parentaux, les émotions qu’il a dû subir et intégrer comme faisant soi-disant partie de son caractère et les comportements défensifs qu’il a mis en place pour se défendre. Mais pour que le traumatisme cesse d’agir, la seule prise de conscience n’est pas suffisante. Il va falloir que ces conscientisations ou ces remémorations ravivent l’émotion hautement réprimée à l’époque du traumatisme pour que celle-ci soit enfin accueillie, comprise et reconnue par le thérapeute, condition sine qua none pour que l’analysant puisse la décharger, l’expulser définitivement et trouver une sorte de consolation.

1.4 L’ABRÉACTION POUR DÉCHARGER L’ÉMOTION TRAUMATIQUE

 

Ce phénomène de décharge émotionnelle au rappel du traumatisme s’appelle l’abréaction : il est absolument nécessaire pour désamorcer l’effet pathogène de l’émotion traumatisée. L’abréaction a été découverte par Sigmund Freud et Joseph Breuer qui pratiquaient la « méthode cathartique » à la fin du 19e siècle. Ce phénomène de purge émotionnelle salutaire avait cependant été décrit par Aristote en -335 avant JC dans la Poétique : il avait identifié l’effet cathartique des tragédies grecques dont la représentation théâtrale permettait au spectateur une « purge » bienfaitrice des passions comme la crainte, la colère, le désespoir... 
André Green reprend cette idée en 1969 dans son premier livre Un œil en trop, voyant dans la représentation théâtrale, le moyen de faire représenter chez l’autre du non-représentable en soi. Lieu de décharge des affects et d’élaboration des représentations. On retrouve ce concept chez Artaud dans le Théâtre de la cruauté. (Citation recueillie sur Wikipedia : « Avec ce concept, Artaud propose « un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur ». A la vue de cette violence naît la « violence de la pensée » chez le spectateur, violence désintéressée qui joue un rôle semblable à la catharsis. En effet, le théâtre devient une fonction qui fournit « au spectateur des précipités véridiques de rêves, où son goût du crime, ses obsessions érotiques, sa sauvagerie, ses chimères, son sens utopique de la vie et des choses, son cannibalisme même, se débondent, sur un plan non pas supposé et illusoire, mais intérieur » ; en d’autres mots, ces rêves exaltent ses pulsions pour produire une « sublimation », sorte de purgation des mauvaises passions. »
)

Sans conscientisation et abréaction concomitantes de l’émotion traumatique pathogène et de la représentation de son origine, l’enfant puis l’adulte qu’il deviendra ne cessera de chercher à abréagir/expulser l’émotion réprimée en lui qui le taraude et l’angoisse. Il se trouvera ainsi contraint de manière non consciente à répéter l’expérience traumatisante en vue d’y trouver une issue libératoire et de décharger les tensions accumulées.

Pour que cela soit possible il faudra provoquer la connexion de deux types de mémoires :

  • La mémoire dite implicite (attachée à l’amygdale cérébrale) qui enregistre les émotions vécues par le corps et les stimuli sensoriels les ayant déclenchées de manière totalement inconsciente.

Et,

  • La mémoire explicite (attachée à l’hippocampe cérébral et au néocortex) qui enregistre les représentations capables d’être décrites verbalement (symbolisables via un langage -verbal, visuel, corporel, musical...) et conscientisées.

Ces deux mémoires devront être réactivées de manière concomitante pour que soit re-vécue la scène en entier - aussi bien en re-présentation qu’en émotions et en sensations corporelles. Ces deux types de mémoires devront coïncider lors du travail thérapeutique pour que puisse avoir lieu l’abréaction du traumatisme.

Ainsi, tant que l’émotion piégée dans la mémoire amygdalienne (fonctionnelle dès la naissance) agit sans accès possible à la représentation de la ou des scènes traumatiques initiales/causales du fait :

  • d’une amnésie infantile (l’hippocampe est immature donc non fonctionnel et ne peut rien encoder avant l’âge de 3 ans)

ou

  • d’un défaut d’encodage (causé par la non verbalisation/confidence ou symbolisation dans tout autre langage de la scène à autrui)

ou 

  • d’un refoulement (l’hippocampe a enregistré la scène mais l’a mise de côté dans une « boîte noire » pour éviter de réveiller l’émotion désagréable associée : douleur, honte...), l’angoisse demeure.

L’enfant non en âge de parler ou interdit de parler cherchera inconsciemment cependant à « dire » à sa manière - à exprimer/à symboliser - la scène traumatique par d’autres moyens/langages : le dessin, les scénarii dans le jeu, le corps dans l’art, la façon de s’habiller, le sport ou la somatisation, etc. 
Ainsi l’art et toutes les activités (professionnelles, amoureuses, de loisirs...) à l’âge adulte continuent cette fonction de tentative d’expression/de symbolisation du trauma émotionnel et d’adaptation de ce trauma devenu constitutif de la personnalité à la vie en communauté puisque nous sommes des mammifères sociaux interdépendants les uns des autres pour maximiser nos chances de survie.

Notons aussi que le rêve a cette fonction de rejouer les émotions pour les détraumatiser :

« La théorie dominante actuelle sur le rôle du sommeil et des rêves est celle de Mattew Walker, professeur de neurosciences et de psychologie à l’université de Californie à Berkeley. Leur fonction serait de dégrader les souvenirs émotionnels de la journée – de remettre à zéro l’amygdale, la région cérébrale où sont vécues les émotions, mais sans les émotions elles-mêmes. Selon cette théorie, toutes les nuits, on digère les émotions négatives de différentes manières que l’on tente de déterminer. L’hypothèse est que l’on revit les phénomènes négatifs dans notre sommeil paradoxal, intégrés dans des scénarios qui nous aident à les dégrader. Les rêves seraient comme une sorte de théâtre mental (...) Ce processus de régulation semble être un mécanisme d’extinction progressive de l’émotion. La réexposition est parfois mélangée à d’autres choses – des éléments positifs, par exemple – qui atténuent ce que l’on vit en rêve (...) cela permettrait un dialogue correct entre l’amygdale, très fortement activée en sommeil paradoxal, l’hippocampe où les informations de la journée sont stockées et le néocortex siège de la mémoire à long terme. Grace à ce dialogue à 3 le cerveau garderait l’information nouvelle et lui enlèverait sa gangue émotionnelle pour la consolider de façon plus définitive dans le néocortex.
Une hypothèse est que, dans un cauchemar, ce mécanisme fonctionne mal au point d’interrompre le rêve en cours et de réveiller le dormeur si bien que le processus en cours d’intégration émotionnelle ne peut aller jusqu’au bout.
Mais pourquoi le dormeur se réveille-t-il ? Il y a plusieurs hypothèses. Nous faisons tous de mauvais rêves sans que cela nous réveille. Dans ces rêves on est dans le même registre de la peur, du dégoût, de la colère que dans les cauchemars mais avec une intensité émotionnelle moins forte. Peut-être est-ce l’intensité des cauchemars qui réveillent les dormeurs ? (...) dans le cas d’un syndrome de stress post traumatique : l’émotion à dégrader est tellement forte que le cerveau n’y arrive pas. Il répète en permanence le trauma et la mémoire traumatique réveille le dormeur à toutes les phases du sommeil. Enfin, environ 5% de la population fait des cauchemars depuis la naissance sans que l’on sache l’expliquer. » (Arnulf I., 2023. Le cauchemar n’est pas une fatalité dans Pour la Science, N°47, pp 30-33.)

L’explication est pourtant claire : 5% de la population a des syndromes de stress post traumatique depuis sa naissance du fait de négligences ou maltraitances parentales et c’est pour cela que ces 5% font des cauchemars.

Le rêve est donc le lieu d’une abréaction naturelle des émotions traumatisantes. Les émotions sont répétées dans la nuit :

« Celles et ceux qui ont vécu des traumatismes terribles (torture, guerre, viol) les revivent mentalement dès qu’ils ferment les yeux, et dans toutes les phases de sommeil. » (Arnulf I., 2023. Le cauchemar n’est pas une fatalité dans Pour la Science, N°47, pp 30-33.)

Ceci explique pourquoi la psychose hallucinatoire n’est en fait rien d’autre qu’une sorte de rêve éveillé.

« Les individus psychotiques ont des rêves particuliers qui ressemblent à leur façon de raisonner dans la journée – sans queue ni tête et plutôt pauvres. » (Arnulf I., 2023. Le cauchemar n’est pas une fatalité dans Pour la Science, N°47, pp 30-33.)

Rêver la nuit sert à symboliser et à abréagir les émotions fortes voire traumatiques. Les activités du jour permettent aussi de symboliser et d’abréagir nos surcharges émotionnelles. Les activités sublimatoires en particulier mettent l’émotion traumatique au service d’un bénéfice pour le sujet du fait d’un partage social. Par exemple, un enfant terrassé par l’insécurité pourra devenir policier pour assurer la sécurité de tous. Malheureusement tous les sujets ne trouvent pas le moyen d’abréagir leur trauma dans les rêves et/ou dans une activé sublimatoire qui permettent une digestion de l’émotion et une décharge. Lorsque l’abréaction ne trouve pas de moyens d’advenir au bénéfice du sujet, malheureusement elle adviendra par des moyens délétères pour le sujet.  Le trauma trouvera un moyen de s’exprimer au détriment du sujet lui rendant la vie difficile :

  • Le corps - via la maladie somatique, les manies, les conduites à risque... - peut devenir le moyen de symboliser le traumatisme et d’expulser la charge émotionnelle associée. Le corps qui somatise est a contrario du corps créatif qui lui arrive à symboliser et expulser de manière bénéfique au sujet et aux autres. Danse, musique, sport et jeux collectifs...favorisent l’abréaction par sublimation.

  • La pensée – via les automatismes de pensée (mentisme, pensée en boucle, obsession, ratiocination...), les phobies...- qui épuisent le sujet. Le mode de penser peut devenir le moyen de symboliser le traumatisme et d’expulser la charge émotionnelle associée. La pensée qui torture est a contrario de la pensée créative qui elle arrive à symboliser et expulser de manière bénéfique au sujet et aux autres. Créations littéraires, scientifiques... favorisent l’abréaction par sublimation.

Quand rien de cela n’est possible, la fonction initiale du rêve – d’abréagir – peut malheureusement envahir l’état de veille du sujet. Le sujet à l’état de veille n’ayant trouvé aucun moyen délétère ou sain d’abréagir ses traumatismes, se voit ponctuellement ou durablement envahi par le rêve. C’est ainsi que la fonction hallucinatoire du rêve prend le dessus et ce faisant, envahit l’état de veille de la personne hyper traumatisée (à une époque le plus souvent préverbale correspondant à l’amnésie infantile). Les hallucinations normales à l’état de sommeil se manifestent durant l’état de veille. Il arrive d’ailleurs que cela survienne succinctement alors que l’on est très fatigué, en manque de sommeil. Cela est beaucoup plus prégnant dans la psychose lorsque le sujet épuisé de ne trouver aucun moyen/langage d’abréagir son trauma se met à rêver, éveillé.

Il en est de même des délires qui émergent dans la psychose. Ils sont qualifiés « sans queue ni tête » ou « pauvres » par Isabelle Arnulf car elle ignore totalement leur portée symbolique. Les délires tout comme les rêves ou les hallucinations ont une fonction : celle d’exprimer via des symboles (puisés dans le répertoire symbolique de la culture du sujet) les traumatismes émotionnels.

Tel est le problème encore aujourd’hui de bien des neuroscientifiques qui ignorent le fait que la pensée ainsi que les émotions conscientes ou inconscientes se traduisent et se communiquent uniquement par l’intermédiaire d’un langage codé. Tout code est par essence symbolique. Par exemple les mots sont des symboles propres à chaque langue et ne sont exprimables et compréhensibles que si le code a été appris. C’est par le langage codé/symbolique qu’il soit verbal, visuel, corporel, musical...qu’un être exprime ses émotions et ses pensées aux autres.

Un traumatisme peut donc être exprimé symboliquement – la nuit dans les rêves et le jour dans des actes/des pensées par différents types de signes (Pour connaître les différents types de signes, je vous invite à lire un manuel de sémiologie ou un dictionnaire des figures de style ainsi qu’à lire l’article suivant : Bonhomme A., Les figures du discours : Entre sémiotique et stylistique dans Stylistiques, Presses universitaires de Rennes, 2010. pp.111-124.) :

  • Par icône (lien de ressemblance entre signifiant/signe et signifié/ce qu’il signifie). Ex : l’image de l’agresseur qui représente l’agresseur. (Symbolisation typique d’un souvenir sans équivoque)

 

  • Par métaphore (équivalence de qualités entre signifiant/signe et signifié/ce qu’il signifie. Ex : l’image de l’araignée pour les qualités de l’agresseur qui a su tendre un piège et emprisonner sa proie. (Symbolisation typique de la phobie)

 

  • Par métonymie (lien de contiguïté entre le signifiant/signe et signifié/ce qu’il signifie : le tout pour la partie, l’avant pour l’après... Ex : l’image d’une montre particulière qui représente la montre portée par l’agresseur. (Symbolisation typique de l’obsession)

 

  • Par symbole (lien arbitraire conventionnel entre le signifiant et le signifié. Ex : l’image de Jésus qui symbolise le fait d’avoir été sacrifié.

Ainsi, comme dans le rêve où le traumatisme émotionnel s’exprime de manière codée, il existe dans notre vie éveillée sous forme de représentation iconique / métaphorique / métonymique / symbolique... qu’il faut apprendre à décoder.

La représentation traumatique existe dans le psychisme sous une apparence détournée : l’objet phobique symbolise le trauma par métaphore et l’objet contre-phobique symbolise un moyen de le combattre. Il peut être symbolisé par un animal, un symbole religieux/politique..., une partie du corps, une maladie somatique, un scénario, un délire, une hallucination, une croyance...

  • Une personne peut avoir la phobie des ascenseurs car c’est l’ascenseur qui menait le sujet au lieu du viol (métonymie)

  • Une personne peut avoir la phobie des horloges car une horloge était présente dans la chambre où le drame se répétait (métonymie)

  • Une personne peut fantasmer à l’idée de jouer au chien tenu en laisse car cela symbolise la relation de soumission qu’elle subissait enfant dans son foyer (métaphore)

  • Une personne peut délirer et se prendre pour Jésus ou la princesse Diana car cela symbolise pour elle le martyre et le sacrifice qu’elle a subi dans son enfance (symbole)

  • Une personne peut halluciner des voix qui lui disent à quel point elle est nulle ou un scénario dans lequel tout le monde pense sans le dire qu’elle est nulle car enfant ses parents lui faisaient comprendre insidieusement qu’elle l’était (icone)

  • Une personne peut souffrir d’un mal de dos chronique parce que le dos symbolise pour elle l’envers du décor, la vie familiale maltraitante invisible aux yeux des autres (métaphore)
    Une personne peut souffrir de cystites répétitives car cette douleur urinaire rappelle une partie de la douleur de viols endurés pendant l’amnésie infantile (métonymie)

Dans la contre-phobie, les objets, les pensées, les fantasmes, les rituels, les hallucinations, les croyances et les délires... ont pour vocation de contrer la phobie pour apaiser l’angoisse.

  • Une personne peut croire en des divinités et porter un fétiche (une croix par exemple) afin de se sentir protégée, ce qui ne fut pas le cas lorsqu’elle était enfant (symbole)

  • Une personne peut fantasmer à l’idée de tenir l’autre en laisse lui faisant jouer le rôle de chien car cela symbolise le renversement de la relation de soumission qu’elle subissait enfant dans son foyer (métaphore)

  • Une personne peut halluciner qu’un ange vient lui parler car cela symbolise pour elle l’innocence et la douceur d’une relation tendre dont elle a manqué cruellement enfant (métaphore)

En matière d’expression sémiologique (le terme du langage courant est symbolique) - phobique ou contre-phobique d’expériences traumatisantes, la créativité humaine est sans limite et tant mieux !

Du simple rituel obsessionnel qui consiste à se laver les mains ou à vérifier que la porte est bien verrouillée 50 fois par jour à la création d’une œuvre artistique, scientifique en passant par le port d’un fétiche..., toutes ces défenses ont pour but de permettre à l’émotion traumatique de s’exprimer et au sujet d’apaiser la tension associée.

Selon le degré de compatibilité avec la société d’appartenance du sujet - régie par des lois juridiques et des règles morales (Variables selon les sociétés, les communautés, les groupes d’appartenance et selon les époques) - elles vont s’exprimer sur des modes différents : psychotique, névrotique, borderline ou pervers mais toutes les angoisses ont une source commune : le traumatisme infantile.

 

Dans les modes de défense psychotique, l’émotion traumatique (sentiment puissant d’insécurité, d’exploitation, d’injustice, d’infériorisation, d’agression séductive ou sexuelle) issue d’une enfance traumatisée par un environnement familial ou social nocif) est devenue à force de répétition un trait de personnalité du sujet à tel point qu’elle conditionne son rapport au monde interprété globalement et systématiquement comme très menaçant (à l’égal de ce qu’était son environnement parental ou communautaire/social). Le réel du psychotique est truffé d’indices qui rappellent l’agression traumatique. Loin d’avoir pu « réaliser » ses conditionnements et les raisons qui les ont créées du fait des attaques subies très jeunes au moment souvent de l’amnésie infantile, le défaut de symbolisation/d’expression (confidence à un tiers...) et d’une décharge associée au moment du traumatisme implique que le sujet est dominé par des défenses abréactives : intrusion du rêve dans l’état de veille (hallucinations), passages à l’acte agressifs pour décharger la tension, symbolisation du trauma via des maladies somatiques, des phobies, des TOC, des idées obsessionnelles. Le psychotique se sent possédé par ses défenses internes qui le torturent.
Ce type de défenses - handicapantes au quotidien - défavorisent son intégration sociale or le rejet social renforce ses défenses. Le sujet en proie aux défenses psychotiques se trouvent piégé dans un cercle vicieux enfermant. Par ailleurs, le respect des lois et de l’autorité qui permettent un comportement social (civilisé) - se trouvent fortement rejetées par le sujet psychotique traumatisé autrefois par le parent agressif et nocif, 1er modèle d’incarnation de ces lois (le père en général). 
Le psychotique aborde le Monde de manière très clivée, manichéenne : l’image de soi est généralement idéalisée en opposition au monde (les lois et l’autorité en particulier) qui est diabolisé. Les gentils d’un côté (moi) contre les méchants (les autres). La nuance et l’ambivalence ne sont pas du monde du psychotique. Parfois, les choses s’inversent dans des moments brefs de tentative d’adaptation/de névrotisation : le soi est diabolisé et les autres sont idéalisés. Les psychotiques ont un peu l’âme d’un grand enfant.

Dans les modes de défense névrotique, les traumatismes émotionnels subis pendant l’enfance ont généralement été subis plus tard, au-delà de la période de l’amnésie infantile, une conscientisation et une symbolisation a été possible : l’enfant a pu verbaliser, se confier à un tiers, exprimer d’une façon ou d’une autre son traumatisme...Le parent incarnant les lois et l’autorité (le père en général) n’a pas été nocif au point que l’enfant rejette toute forme ultérieure d’autorité. Le Monde du névrosé est aussi plein d’indices qui réveillent ses émotions traumatiques mais il réussit à se dominer en quelque sorte, à ne pas laisser l’émotion traumatique interpréter le réel sans usage de la raison tempérante. Il cherche tellement à dominer ses émotions traumatiques qu’il sait incompatibles avec une intégration sociale, qu’il s’en réfère beaucoup aux lois et aux règles pour contrôler son comportement. Il s’interdit des agirs antisociaux mais ne s’interdit pas de les fantasmer bien que cela le culpabilise ! Il se sent coupable même d’y penser !
A l’inverse du psychotique, le névrosé a tendance à idéaliser la loi, l’autorité, les règles et à se diaboliser et se punir quand ses émotions traumatiques le dominent.
Les névrosés ont un peu l’âme d’un adulte qui rejette l’enfant en lui.

Dans les modes de défense borderline, le sujet est en proie majoritairement à des défenses psychotiques mais conscient et souffrant de leur inadaptation sociale, il s’efforce de se « civiliser » en développant des défenses névrotiques. Le sujet borderline oscille entre ces deux modes de défense en permanence -psychotique vs névrotique - et dépense beaucoup d’énergie dans ce yoyo émotionnel et déstabilisant dans la construction d’une identité stable. Les borderlines sont en quelque sorte des psychotiques en quête d’adaptation très névrotique au monde social. Ils souffrent des conséquences de la psychose et de la névrose. 
Les borderlines ont un peu l’âme de l’adolescent impulsif et joyeux de s’opposer au diktat parental/social tout en étant soucieux de s’adapter au monde, en adulte.

Dans les modes de défense pervers, le sujet est clairement clivé entre deux modes défensifs : psychotique dans son intimité et d’apparence névrotique dans le cadre social. Le pervers est faussement névrosé. Il fait croire aux autres comme à lui-même qu’il est une « personne bien » très respectueux des lois et des règles morales alors qu’il jouit de les transgresser dans son inimité cachée aux autres. Le pervers est un psychotique sur-adapté en apparence. Il a développé une haine profonde de l’autorité et des lois tant il a été humilié par le parent qui les incarnaient lorsqu’il était enfant. La défense ultime du pervers est l’identification à l’agresseur, c’est pourquoi il cherche à tout prix à incarner une figure d’autorité et à dicter ses lois et ses règles aux autres qu’il va soumettre comme il était soumis enfant. Psychotique avant tout, le pervers a une vision idéalisée de lui (mégalo) et mauvaise de tout ce qui n’est pas le reflet de son miroir. Les pervers subliment leurs penchants dans des métiers en lien avec la toute-puissance et la loi. Hommes de loi, dirigeants politique ou d’entreprise, général de l’armée sont des métiers idéaux pour un pervers ! Dieu aussi !!! Une alternative névrotique à Dieu est possible : pape, gourou... !
Le pervers joue à l’adulte parfait, un modèle de vertu et de réussite sociale et jouit sans honte ni culpabilité d’agir ses désirs de puissance et de domination à l’encontre des autres.

Il existe selon moi une 4e catégorie :

Entre mode de défense pervers et véritable névrotisation : ces sujets-là souffrent de leurs agirs antisociaux plus forts qu’eux et souhaitent trouver un moyen de se dominer. On entend souvent dans les milieux psychanalytiques que les pervers ne se présentent pas en analyse jouissant trop de leur perversion. Dans les faits c’est faux : il existe bien des sujets pervers qui aimeraient ne pas l’être et travaillent ardemment pour se névrotiser réellement (pas qu’en apparence). Ce n’est pas un attrait pour la morale qui les amène à vouloir changer mais un risque réel de perdre un être aimé : le conjoint très souvent qui menace de partir de manière imminente ou l’enfant devenu adulte qui rejette son parent pour les sévices psychologiques subis. La menace de la perte d’objet peut faire sortir le pervers du clivage et lui faire réaliser les conséquences de ses actes. La tentative de suicide d’un enfant peut aussi sortir un pervers de son clivage. Plus généralement c’est la cour d’assise, le juge, la loi qui fait sortir le pervers de son clivage aveuglant.

En résumé, à cause de ses émotions traumatiques qui le domine le sujet psychotique se sent persécuté à l’idée d’une relation aux autres qui réactivent les relations parentales délétères (clivage et paranoïa (Par paranoïa, nous n’admettons pas la définition traditionnelle psychanalytique : projection du mauvais sentiment de soi dans l’autre. La paranoïa résulte d’une méfiance systématique et exagérée des intentions de l’autre en référence inconsciente au traumatisme d’insécurité du fait de parents agressifs, nocifs voire malveillants)), le névrosé se sent persécuté à l’idée de ne pas s’intégrer au monde social (refoulement et répression sont ses deux défenses phares), d’être mal jugé, rejeté, le borderline les 2 à la fois et le pervers, les 2 aussi mais se débrouille pour ne pas se sentir persécuté par aucune des deux idées en devenant le persécuteur (clivage + identification à l’agresseur : ses 2 défenses phares).

Toute la vie d’un individu - du choix de ses amis, de ses amoureux au choix de ses loisirs, de ses vacances, de sa profession etc. est conditionnée par ses expériences infantiles traumatisantes et les modes de défense qu’il a développé pour s’adapter tant bien que mal à la vie en société.

Il me semble indispensable que des cours de sémiologie stylistique accompagne les cours de sémiologie médicale dans la formation des médecins : cela les aiderait à comprendre la portée symbolique des symptômes physiques et psychiques et à apprendre à les lire au second degré, c’est-à-dire à les décoder car le corps et les états mentaux sont la scène par excellence des expressions des traumatismes vécus avant l’acquisition du langage qui correspond d’ailleurs à la période 0-3 ans de l’amnésie infantile.

« Les traumatismes précocissimes sont ceux que la mémoire ne peut relier au système associatif général ; soit que plusieurs représentations d’un même événement ne puisse coexister, soit qu’aucun code symbolique ne puisse même cicatriser la mémoire de l’événement comme le fait un symbole mnésique ou un fétiche, ce qui revient à décrire une entrée des données sensorielles en dehors de toute systémisation associative, de toute catégorisation. » (Neyraut M., 1997, Les raisons de l’irrationnel, Paris, PUF.)

L’émotion originellement traumatique même si elle n’a pas été enregistrée du fait de l’amnésie infantile, encodée verbalement, reste cependant présente dans le corps sous d’autres formes qui sont à décoder avec d’autres systèmes de codification. La scène traumatique de l’agression gravée dans le corps ne cessera de chercher une voie d’expression de manière détournée, déguisée, c’est-à-dire sous forme de symboles, de métaphores ou autres figures de style afin que soit purgées les émotions traumatiques qui y sont associées.

Tels sont les symptômes et la sémiologie stylistique de l’angoisse : la représentation traumatique qui cherche à émerger sous la forme de symbole/métaphore/métonymie... et les émotions associées à être purgées. Tous les troubles mentaux des plus légers aux plus graves – sont une manifestation de l’angoisse. Cela implique que toute activité humaine – tout choix de vie (amoureux, professionnels, de loisir etc.) est un moyen d’exprimer de manière détournée (codée) nos traumatismes infantiles et de tenter d’y remédier. La sublimation n’est pas une voie d’expression de la libido sexuelle comme le pensait Freud mais une voie d’expression de nos traumatismes émotionnels qui ont conditionné notre personnalité en particulier durant l’amnésie infantile de 0 à 3 ans. Tel était ce que pensait Winnicott à propos de la sublimation, en opposition sur ce point au Freud de Pour introduire le narcissisme (1914) et à Klein dans l’usage qu’elle fut de la seconde théorie des pulsions.

L’angoisse est donc la résurgence d’une émotion traumatique qui continue d’agir sans que le sujet ait conscience ou souvenir de la scène qui l’a causée via une représentation consciente et décodée de celle-ci. L’angoisse perdure également si la représentation de la scène causale, bien que remémorée, décodée et consciente, ne réveille pas l’émotion traumatique éprouvée à l’époque. L’angoisse s’évanouit uniquement lorsque la représentation ancrée dans la mémoire explicite ravive l’émotion ancrée dans l’amygdale pour que la décharge émotionnelle ait lieu. Ce phénomène ne peut avoir lieu qu’à l’issue d’un effort de symbolisation du trauma initial et de son décodage par le sujet traumatisé au travers d’un langage - verbal, visuel, corporel, intellectuel, sensoriel...

Voilà pourquoi l’émotion traumatique qui continue d’agir en nous tant qu’elle n’est ni symbolisée ni purgée émotionnellement de manière concomitante donne lieu à une angoisse qui nous donne l’impression d’être possédé par une force supérieure torturante, inextinguible par la conscience seule, le raisonnement et la volonté.

Voilà pourquoi souvent entendons-nous : « c’est plus fort que moi. »

La vie humaine en quête de liberté et de bonheur est une constante détraumatisation. Choisir de devenir artiste n’est pas plus créatif que de choisir d’être comptable : les deux activités ont pour fonction de trouver le meilleur moyen pour l’individu de se représenter, de rejouer ses traumatismes infantiles ou au contraire de les déjouer pour tenter de se désangoisser de son passé traumatique.

L’avenir conscient n’est qu’un moyen d’écrire (de symboliser) son passé inconscient en guise de détraumatisation.

Par exemple, un enfant qui a manqué de cadre rassurant dans son enfance pourra adulte être attiré par des métiers où le cadre fait loi (défense à contre-pied) alors qu’un autre sera attiré par un métier dont l’organisation est plus chaotique reproduisant le cadre familial (défense de continuité).

La liberté comme l’avait pensée Spinoza en 1649 c’est au mieux d’être conscient des causes qui nous déterminent.

« Cette liberté humaine que tous se vantent de posséder consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. » (Spinoza B., 1677. Éthique, Paris, Flammarion.)

Cette liberté de conscience permet de comprendre nos angoisses mais nous ne pouvons choisir rationnellement d’y mettre fin. Pour y mettre fin, les traumatismes de l’enfance doivent obligatoirement être abréagis : purgés.

1.5 L’ANGOISSE SIGNE QUE L’EMOTION N’EST PAS ABRÉAGIE

 

L’angoisse qui a tant fait couler d’encre de ne pouvoir être définie que subjectivement, phénoménologiquement disons mais non objectivement est désormais simple à comprendre sur le plan physiologique et neuropsychologique : elle est une émotion qui alarme le sujet d’une tension réprimée, comprimée pourrait-on dire qui doit rencontrer la conscience de la représentation qui l’a causée pour être expulsée, déchargée, évacuée, purgée...bref abréagie.

 

L’angoisse se manifeste dès qu’un indice en lien direct ou indirect avec le traumatisme initial apparaît. L’émotion non déchargée se réactive et la tension reprend de plus belle. Inconscient du traumatisme ou même conscient du traumatisme initial, l’angoisse domine le sujet si jamais celui-ci n’a pas eu la possibilité de purger les émotions associées.

Tous les troubles et pathologies mentales – de la légère névrose à la psychose délirante en passant par les états limites – sont des symptômes de l’angoisse. Hans Steck (Hans Steck nommé directeur en 1936 de l’asile de Cery conserva les œuvres de 60 patients dont il se servit pour ses études et fit don de certaines à la collection de l’Art Brut à Lausanne en 1976) psychiatre à l’asile de Cery en Suisse de 1902-1960 déclarait en 1927 :

« L’angoisse est le problème central des névroses et des psychoses. » (Steck, H., "Psychiatrie et Biologie", Leçon inaugurale prononcée le 2 mars 1926, à Lausanne, Schweizerische medizinische Wochenschrift, 57, 19, 1927, pp. 436-441.)

Ainsi, tant que le traumatisme initial n’est pas abréagi, l’angoisse demeure et l’adulte vivra ses expériences au travers de son filtre défensif et pire encore cherchera à se remettre dans les mêmes conditions de son enfance pour tenter de décharger l’émotion figée viscéralement. C’est pourquoi la décharge émotionnelle qui n’a pas eu lieu enfant ne cessera de chercher à advenir. Pour cela l’adulte reproduira inconsciemment les situations et les relations typiques de son enfance dans le but de revivre les conditions traumatiques qui raviveront l’émotion infantile pour réussir à l’évacuer enfin. Tant que l’abréaction de l’émotion traumatique n’aura pas eu lieu, la tendance à répéter dominera la vie de l’adulte traumatisé et le mènera à provoquer malgré lui des conflits qui mineront sa vie et celles des autres, toujours dans le but d’expulser la tension émotionnelle coincée/fixée en lui depuis son enfance.

1.6 LA COMPULSION DE RÉPÉTITION DU TRAUMATISME TANT QU’IL N’EST PAS ABRÉAGI

Telle est la raison de la compulsion de répétition qui mine la vie des personnes traumatisées. Il faut que soit ravivée cette émotion cristallisée pour réussir à en évacuer toute la charge. Voilà pourquoi entendons-nous si souvent : « J’ai beau le savoir, je ne peux pas m’empêcher de me remettre dans le même genre de situation. »

La compulsion de répétition est un phénomène qui a été découvert par Pierre Janet en 1889 très largement décrit dans L’Automatisme psychologique puis conceptualisé par Freud en 1920 dans Au-delà du principe de plaisir.

Janet, premier penseur du stress traumatique avait observé que les traumatisés avaient tendance : « à poursuivre l’action, ou plutôt sa (vaine) tentative, initiée au moment du choc initial. » (Janet P., 1889. L’automatisme psychologique, Paris, Odile Jacob, 1995.)

La question de l’action interrompue ou empêchée du corps pour prendre la fuite ou initier un combat jouera un rôle déterminant dans le devenir traumatique de l’événement. Ainsi que la question comme nous venons de le voir de « pour-voir » encoder l’événement dans sa mémoire explicite et de se le re-présenter ultérieurement et d’abréagir toute la tension cristallisée. Si tel n’est pas le cas, l’évènement peut revenir sous forme d’images envahissantes s’il a été mémorisé par l’hippocampe ou sous forme de scènes à rejouer si seule l’amygdale a pu l’encoder :

Freud comme Janet constataient cette compulsion de répétition dans les névroses de guerre où le patient répète les traumatismes (dont les mouvements pour s’enfuir ou se défendre) vécus à la guerre dans sa vie éveillée et dans ses rêves. Les phénomènes de flash-back traumatiques et de répétition de l’action traumatique vécue pendant la guerre ont aussi été observés en 1920 par Karl Abraham et Sandor Ferenczi médecin de guerre, tous deux confrères psychanalystes de Freud. Ces observations donnèrent lieu à un colloque et un ouvrage collectif intitulé Névroses de guerre.

Force étant de constater que les traumatismes infantiles et les traumatismes de guerre donnent lieu à une compulsion de répétition contraire au Principe de Plaisir tel que l’avait décrit Freud en 1911, ce dernier va tenter d’expliquer la compulsion de répéter une expérience douloureuse en posant le Principe de Nirvana ou Principe de Constance qu’il définit alors comme la tendance de l’organisme à réduire les tensions, en les ramenant à un niveau aussi bas ou aussi constant que possible. Ce principe posé par Freud est très proche du concept d’homéostasie utilisé aujourd’hui pour décrire ce retour à l’équilibre.

Dans les fonctions psychiques écrit Freud, il y a : « quelque chose qui a tous les caractères d’une quantité...capable d’augmentation, de diminution, de déplacement et de décharge...c’est un peu comme une charge électrique. » (Freud S., 1894. « Les psychonévroses de défense » dans Névrose, psychose et perversion, PUF.)

Le principe de constance cherche à caractériser le défaut d’abréaction qui empêche la décharge nécessaire à l’apaisement, maintenant un excès d’excitation délétère source d’angoisse. La répétition du traumatisme aurait cette finalité : d’abaisser la tension associée au traumatisme à force de répétition de l’action de la scène traumatique originelle.

Notons dès à présent, nous y reviendrons de manière détaillée ultérieurement que Donatien Sade utilisait déjà la métaphore du « fluide électrique » pour illustrer ce qu’exigeait de nous la Nature selon sa conception : elle nous pousse à faire mal et accomplir ce mal permet une décharge qui provoque du plaisir. Nous voyons ici se dessiner comment la compulsion à faire mal à son alter ego répond à un défaut d’abréaction qui fait suite à un traumatisme originel d’agression. Se faire mal peut se jouer d’un commun accord entre masochiste et sadique dans un contrat tacite mais peut malheureusement se pratiquer et c’est là une pratique sadienne (et non sadique), telle que la pratiquait Sade - au détriment d’innocents qu’il capturait pour les torturer, voire les tuer. Cette identification massive et durable à l’agresseur de l’enfance est le fait d’une personne traumatisée qui décharge sa haine et son plaisir vengeur continuellement en s’en prenant à un alter ego à qui elle fait jouer le rôle de l’enfant qu’elle fût. Ce que l’on nomme aujourd’hui dans le langage courant « perversion narcissique » trouve sa source dans une défense par identification massive à l’agresseur de l’enfance. Ultra traumatisé, l’adulte ne trouve de décharge que dans le plaisir de la haine vengeresse à faire subir à autrui ce qu’il a subi enfant. Nous reviendrons sur ce type particulier de défense ultérieurement.

Revenons à présent sur la question de la décharge qu’exige un traumatisme non abréagi.

C’est sur un principe assez similaire que repose la thèse moderne de David Berceli publiée en 1994 dans La méthode T.R.E. (Tension Releasing Exercises) pour se remettre d’un stress extrême qui vise à décharger les tensions du corps de manière purement mécanique - en forçant artificiellement le tremblement du corps qui a pour fonction originelle d’expulser les tensions musculaires lors d’un traumatisme.

« Lorsque nous éprouvons de la peur, le signal » nous dit-il « est donc déjà envoyé à nos muscles squelettiques les faisant se contracter pour permettre la fuite ou le combat. » (Berceli D., 2014. La méthode TRE pour se remettre des stress extrêmes, Thierry Soucar Éditions, p. 32.)

Les animaux ne seraient pas traumatisés selon lui car suite à une peur, ils tremblent et se secouent pour expulser la tension alors que l’humain plus cérébral et civilisé contient sa tension et réprime ses passages à l’acte comme déguerpir et se battre. Il a identifié le psoas iliaque comme étant :

« Le groupe de muscles de la réponse combat/fuite » qui permet « à notre corps de rouler sur lui-même et de protéger son bas-ventre de blessures potentiellement mortelles – et, pour se détendre une fois le danger passé, de relâcher la tension musculaire excessive qui était nécessaire pendant l’événement. » « Le psoas iliaque est comparable à une sentinelle qui protégerait le centre de gravité du corps humain...afin de se libérer des contractions physiques déclenchées par un trauma, ces muscles profonds doivent pouvoir relâcher leur tension protectrice et revenir à un état de détente. » (Berceli D., 2014. La méthode TRE pour se remettre des stress extrêmes, Thierry Soucar Éditions, p. 46.)

Dans la pratique, le thérapeute TRE demande au patient de se remémorer son traumatisme (s’il ne le connait pas, rien n’est possible donc) et stimule à ce moment-là le tremblement des muscles du psoas iliaque.

Cette stimulation-simulation apporte un soulagement immédiat mais de courte durée car les muscles et les tensions associées qui sont stimulés ne sont pas ceux qui correspondent à la réalité du traumatisme tel qu’il a été vécu. Un enfant battu à 2 ans et un autre violé à 6 ans n’aura pas contracté les mêmes muscles et le figement musculaire interne qui perdure depuis n’est pas du tout localisé au même endroit du corps.

CAS 1

Je cite pour exemple, le cas d’une analysante de 41 ans qui souffrait de vaginisme « depuis toujours ». Elle avait tenté toute sorte de thérapies psychiques et corporelles. Rien n’avait marché pour elle : son blocage persistait. 
Lors de la psychanalyse, nous avons exploré son passé et par association d’idées, elle en est arrivée à se souvenir d’une expérience traumatique lors de laquelle un vieil ami de sa famille avait tenté de la pénétrer alors qu’elle avait 12 ans prétextant un rituel bienfaiteur. Au moment soudain de la remémoration, elle a ressenti physiquement et intensément un figement musculaire au niveau vaginal et s’est souvenu l’avoir ressenti à l’époque puis complètement oublié/amnésié depuis ce jour. Suite à cette séance, l’analysante a ressenti un relâchement musculaire sous forme de petits spasmes au niveau du figement initial s’étalant sur une période de 8 mois environ suite à quoi le figement s’est totalement dissipé. Son traumatisme semble abréagi puisqu’une

L’abréaction psychanalytique, à la différence de la méthode cathartique que pratiquaient Breuer et Freud sous hypnose à la fin du 19e siècle n’est efficace sur le long terme que si elle a lieu lors d’une remémoration consciente et vivante (revécue dans le corps) de la scène traumatique refoulée, non encodée ou amnésiée.  L’analysant doit revivre c’est-à-dire ressentir, éprouver à nouveau la scène dans sa chair, dans son sang, dans ses os et ses muscles pour que soit ravivées les émotions, les tensions musculaires puis les décharges de celles-ci qui sont entre autres motrices et hormonales.

C’est pourquoi Freud abandonnera la méthode cathartique et l’hypnose et soutiendra la nécessité absolue d’une remémoration consciente et re-vécue des scènes refoulées pour qu’il y ait une guérison durable du traumatisme.

Ferenczi pensait que l’expérience traumatique devait être remémorée mais surtout revécue dans le cadre analytique pour que puisse avoir lieu son élaboration, il disait à ce propos :

« Il faut répéter le traumatisme lui-même et, dans des conditions plus favorables, l’amener, pour la première fois à la perception et à la décharge motrice. » (Ferenczi S., Groddeck G., Correspondance, 1921-1933, Paris, Payot, 1982)

La décharge d’excitation émotionnelle (ou décharge motrice) qui permet d’abaisser la tension générée par le traumatisme est donc permise en psychanalyse par l’abréaction : elle se produit lorsque les souvenirs du traumatisme refoulé ou non encodé dans la mémoire explicite remontent à la conscience permettant ainsi la libération des émotions et des tensions corporelles enfermées dans le souvenir. Ceci a pour effet de libérer la tension émotionnelle et d’annuler les effets pathogènes des tensions emprisonnées dans le corps meurtri.